Le scandale de la "Ligue du Lol", qui a éclaté vendredi dernier, a remis au premier plan la problématique du harcèlement sur les réseaux sociaux. Cette ligue date d'il y a une dizaine d'années. A l'époque, une trentaine de journalistes et influenceurs français s'amusaient à se moquer, voire harceler des personnes, souvent des femmes.


C'est ce qu'a vécu - pas de la part de la "Ligue du Lol" en particulier - la journaliste et auteur belge Myriam Leroy. "J'ai été victime de 'raids', lorsque plusieurs milliers d'internautes se liguent pour vous harceler et vous menacer", explique-t-elle à LaLibre.be.

"Il y a eu plusieurs épisodes", précise-t-elle. Le premier est survenu en 2013 à la suite d'une chronique concernant l'humoriste Dieudonné sur Canal +. "Il y avait ses 'supporters', mais aussi d'autres gens qui trouvaient cela intéressant ou amusant."

"J'ai reçu des dizaines de milliers de messages d'insultes, et des menaces de mort et de viol", poursuit-elle. "Cela a duré plusieurs mois, après ils sont passés à autre chose. Le plus traumatisant, ce sont les menaces de viol, toutes avec la même rhétorique. Le côté misogyne est terrible: de nombreux montages photo ont été faits, avec mon visage couvert de sperme ou d'ecchymoses. Certains hommes sont aussi harcelés, mais ce sont uniquement les femmes qui connaissent ce genre de menaces et d'insultes sexuelles."

La journaliste a été menacée à tel point que des mesures ont dû être prises à la suite de ces événements. "J'ai vécu sous protection policière, ou d'agents de sécurité. Des gens connaissaient mon adresse. Cela m'est arrivé d'être prise à partie dans la rue, mais on ne m'a heureusement jamais frappée ou agressée réellement. Leur but est juste de terroriser", estime-t-elle.

"Le deuxième épisode, ce sont des histoires d'individus isolés, obsédés par moi." Une forme totalement différente de harcèlement, plus ponctuel et moins dicté par l'effet de masse.

"Les réactions d'effarement sont hypocrites"

Myriam Leroy s'étonne aujourd'hui des réactions que suscite le scandale de la "Ligue du Lol". Si le phénomène en question doit être combattu, pour elle, les nombreux commentaires effarés relèvent de l'hypocrisie de la part de ceux qu'elle considère comme des "complices passifs, ou qui en profitent même pour se moquer au passage, rejoignant le flot des insultes et menaces. C'est de l'hypocrisie, les gens devraient regarder dans leurs assiettes."

"Tout le monde sait que cela arrive et semble d'un coup s'indigner aujourd'hui, alors que, moi, je me suis battue dans l'indifférence totale", juge-t-elle.

Enfin, elle reste quand même satisfaite que la lumière soit faite. "Je suis contente que cela soit sorti", admet-elle. "J'étais persuadée de certains noms impliqués dans le groupe, et ils se sont avérés vrais."