CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

C'est un changement de ton. Début janvier, Nicolas Sarkozy avait accéléré sa propre dégringolade dans les sondages en apparaissant résigné sur le thème de la vie chère, le sujet de préoccupation numéro un des Français. Lui qui, avant son élection, avait promis d'être "le Président du pouvoir d'achat" était apparu les bras ballants. Et avait lancé un "Qu'est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses déjà vides ?", à l'effet catastrophique. Quatre bons mois plus tard, mardi, le chef de l'Etat est reparti à l'offensive sur le même sujet. Et, cette fois, est apparu volontariste. "Je pense que ce n'est pas foutu, il n'y a pas de fatalité. Je n'ai pas été élu [...] pour dire : "J'y peux rien" et lever les bras au ciel", a justifié l'hôte de l'Elysée.

Mais les caisses de l'Etat sont toujours aussi vides, ce qui interdit de défendre le pouvoir d'achat en injectant de l'argent public dans l'économie. L'on va donc tenter de réduire l'inflation (des prix de l'alimentation, surtout) en faisant jouer la concurrence commerciale. C'est le principal objectif et pari de la loi de modernisation de l'économie, qui sera discutée fin mai au Parlement et que l'Elysée a présentée mardi.

Un virage à 180 degrés

Quelque 44 articles déclinant 30 mesures concrètes : il s'agit vraiment d'une loi-fleuve. Son volet le plus discuté concerne l'implantation des grandes surfaces commerciales. La droite effectue ici une volte-face. Sous le gouvernement Juppé (1995-1997), à l'initiative d'un certain Jean-Pierre Raffarin alors ministre du Commerce, elle avait essentiellement joué la carte des PME et des petits commerces et, pour ce faire, freiné le développement des grandes surfaces et des centres commerciaux. Quelque dix ans plus tard, au contraire, elle assouplit désormais l'implantation des grandes surfaces, ce qui devrait notamment contribuer à la création de supermarchés "hard discount" et casser les situations locales de monopole. Des baisses de prix sont aussi attendues de l'assouplissement de la réglementation sur les soldes ainsi que de la remise à plat des règles de négociation tarifaire entre la grande distribution et les fournisseurs du secteur agroalimentaire.

"Je n'ai pas été élu pour m'incliner devant tous les corporatismes, tous les immobilismes", a prévenu Nicolas Sarkozy. Au sein même de sa majorité, tout le monde n'est pas aussi optimiste que lui sur les vertus désinflationnistes de son credo libéral. Les parlementaires UMP sont sensibles notamment au lobby de l'industrie alimentaire et des commerces des centres urbains, qui craignent d'être écrasés par la grande distribution. Le héraut de ce secteur, Michel-Edouard Leclerc, patron des enseignes du même nom, parie que cette loi permettra à elle seule de diviser par deux l'inflation d'ici à 2009. Plus modestement, Bercy espère qu'elle permettra de créer 50000 emplois d'ici à 2009, de baisser les prix d'1,6 pc en trois ans, et de gonfler la croissance de 0,3 point par an pendant trois ans.