Nicolas Sarkozy, l'ambitieux, le fonceur, l'homme des foules. Nicolas Sarkozy, le candidat. Encore. Après avoir déclaré quitter la politique en 2012, il revient. Toujours plus sûr de lui, toujours plus déterminé à écarter tous ceux qui se trouvent sur sa route. « J'ai cette ambition de bien faire, de servir mes idées, de servir mon pays et j'ai aussi la volonté personnelle de me surpasser », clame-t-il.

Se surpasser. Une dernière fois ? On ne prendra pas les paris. Mais pour sa troisième campagne, l'ancien chef de l'État se présente devant les Français pour reprendre son poste, perdu en 2012 face à François Hollande.

Il croit à la compétition, l'homme de l'hyper-présidentialisme. Et encore plus à ses chances de gagner. Il n'est d'ailleurs jamais meilleur que dans l'affrontement. Rien ne l'effraye, rien ne l'arrête. Pas son erreur stratégique lorsqu'il a soutenu Edouard Balladur en 1995, trahissant son mentor Jacques Chirac ; ni un dépassement de frais de campagne de 18 millions d'euros qui lui vaut une mise en examen dans l'affaire Bygmallion ; pas même son rejet par les Français en 2012 avec l'élection de François Hollande à la tête de l'État. Une fois encore, Nicolas Sarkozy veut séduire les foules avec sa recette secrète mêlant bagou, rhétorique et ambition.

Le peuple va-t-il lui lui donner une nouvelle chance ? Il l'espère, lui qui a passé sa vie à enfoncer les portes. Cette fois, cependant, il ne pourra pas forcer le passage. Il sera soumis, comme ses 6 adversaires à la primaire de la droite et du centre, au suffrage du 20 novembre. Nicolas Sarkozy tente donc de rouvrir doucement la porte de la présidentielle, que les Français avaient claquée violemment derrière lui à la fin de son mandat.


Economie et emploi

Avec son programme, le candidat, présenté par les sondages comme le deuxième homme de la primaire, souhaite se démarquer de son principal concurrent, Alain Juppé, en s'inscrivant dans politique très à droite.

Avec une réforme du travail, il souhaite rétablir les heures supplémentaires défiscalisées dont avaient bénéficié 9 millions de travailleurs pendant son quinquennat. Travailler plus pour être payé plus. Voilà la devise de Nicolas Sarkozy qui envisage de sortir des 35 heures pour laisser à chaque entreprise la possibilité de négocier le temps de travail en interne. Cette nouvelle liberté comprend néanmoins deux conditions : obtenir l'accord des salariés et payer le nombre d'heures effectivement travaillées. Toujours dans cette optique, le candidat propose également de porter à 63 ans l'âge de départ à la retraite en 2020, puis à 64 ans en 2025, « afin de garantir la pérennité du système de répartition ».

La lutte contre le chômage, abordée dans le programme de chacun des candidats, se traduit, pour Nicolas Sarkozy, par la reprise en main par l'État de l'Unédic, chargée de la gestion de l'Assurance chômage. À l'instar de ses concurrents, l'ancien Président des Républicains désire instaurer une dégressivité des allocations de chômage, mais se différencie de ses adversaires par la volonté de les baisser à hauteur de 20 % à partir du douzième mois, et à nouveau de 20 % à partir du dix-huitième. Il prône en outre la suspension des allocations pour tout demandeur d'emploi qui refuserait des offres raisonnables correspondant à son profil et propose de plafonner l'allocation sociale unique à 75 % du salaire minimum (SMIC). « Le devoir de travailler est toujours supérieur à celui d'être indemnisé », assène-t-il, avant d'ajouter qu'on ne peut pas accepter une société dans laquelle des personnes qui travaillent gagnent moins que celles qui sont au chômage.

Riche de ses expériences, et plus particulièrement de ses erreurs, l'ancien Président de la République annonce une réduction de 300 000 emplois dans la fonction publique durant le quinquennat, à l'exception faite des forces de sécurité. On se souviendra des coupures budgétaires et la suppression de près de 9000 postes dans la police et la gendarmerie entre 2007 et 2012 qui lui avaient valu de nombreuses critiques. Pour réaliser des économies dans le budget de l'État, le candidat souhaite en outre la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires.

Cette économie de 100 miliards d'euros servira, entre autres, à financer l'augmentation du temps de travail dans secteur public à 37 heures et à mettre un terme aux régimes spéciaux de retraites. Elle permettra également de financer une réduction des impôts qui s'appliquent aux ménages ( suppression de l'impôt sur la fortune (ISF), réduction de 10 % de l'impôt sur le revenu et défiscalisation des heures supplémentaires) et aux entreprises (simplification du licenciement et de l'embauche).


Europe, sécurité et immigration

Sur la question de l'Europe le candidat préconise de revoir le modèle européen par la création d'un nouvel « euro-Schengen », visant à établir une même politique migratoire pour tous les pays membres et à assurer le contrôle effectif des frontières extérieures.

En matière d'immigration, le candidat se situe très à droite en proposant la suppression de l'immigration économique durant le prochain quinquennat afin de réduire drastiquement le nombre d'étrangers accueillis en France. Il souhaite en outre la suspension du regroupement familial, en attendant la mise en œuvre d'une nouvelle politique migratoire. Pour les étrangers déjà établis, l'ancien Président préconise de porter à 10 ans, au lieu de 5 actuellement, la condition de résidence pour être naturalisé français, en plus de partager la langue et mode de vie de la République.

Nicolas Sarkozy « demande que toute personne qui est sur un fichier S fasse l'objet d'un contrôle sur dossier et que les quelques centaines de personnes qui présentent des critères de dangerosité pour leurs fréquentations, la consultation régulière de sites djihadistes, leur radicalité... fassent l'objet d'un examen approfondi et soient mises, en vertu du principe de précaution, en rétention administrative ». Cette mesure fait l'objet de nombreuses controverses dans le camp des Républicains mais est ardemment défendue par le candidat.

Fidèle partisan de la laïcité, l'ancien maire de Neuilly-Sur-Seine souhaite réaffirmer la position de la France dans cette conception. Il propose, entre autres, d'interdire les menus de substitution dans les cantines publiques, d'imposer la neutralité religieuse à l'école, à l'université et dans les entreprises, et souhaite appliquer sans détours la loi interdisant le voile intégral.

Souvent critiqué, l'ancien chef de l'État dit avoir appris de ses erreurs et revenir plus fort grâce à ses expériences passées. « J’ai été président, je sais la solitude quand il faut prendre des décisions terribles […] Ce sont des choses que je connais, cela demande beaucoup de temps et de précision » a-t-il d'ailleurs affirmé lors du deuxième débat de la droite et du centre.

Expérimenté peut-être, mais est-il à nouveau digne de confiance au yeux des Français ? Le scrutin du 20 novembre nous le dira.