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Une crèche non loin d’une mosquée. Voilà une image qui pourrait en surprendre plus d’un. Elle n’a pourtant rien d’étonnant en Terre sainte, et en particulier à Bethléem, sur la place de la Mangeoire, à quelques mètres de la Basilique de la Nativité, construite au IVe siècle par l’empereur romain Constantin le Grand. D’après les Evangiles, c’est ici que Marie aurait mis au monde Jésus. Ici, dans une étable, entre un âne et un bœuf, alors que tous les hôteliers de la ville leur avaient fermé la porte, à elle et Joseph.

En cette veille de Noël, les pèlerins se pressent par milliers dans la petite ville palestinienne. Les hôtels font le plein et les boutiques de souvenirs arborent sur leurs devantures les petits Jésus en bois made in China . Sur la place, la poste palestinienne vend sa dernière série de timbres; parmi les plus populaires, celui qui représente Yasser Arafat au côté du pape JeanPaul II, c’était en 2000, lors de la visite en Terre sainte du Souverain pontife.

Mais le faste des préparatifs n’est que de façade. Le tourisme a beau être en augmentation ces dernières années, la situation économique n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était autrefois, avant l’Intifada (2000-2006) et la construction de la fameuse "barrière de séparation" par Israël, un mur de huit mètres de haut qui entoure désormais la ville. "Les affaires sont difficiles , confirme un commerçant du centre-ville. Les groupes arrivent en bus depuis Israël. Ils visitent l’église, achètent les souvenirs dans une boutique avec laquelle leur agence à un partenariat, puis ils repartent aussitôt pour dormir à Jérusalem. Cette année, il y a du monde pour Noël. Mais à chaque soubresaut dans la région, on ressent immédiatement une baisse sur le chiffre d’affaires."

Les chrétiens s’en vont

A dix kilomètres au sud de Jérusalem, la petite ville de Bethléem (25 000 habitants) est sous l’administration de l’Autorité palestinienne depuis 1995. Autrefois majoritaires, les chrétiens ne représentent plus que 20 % de la population de la ville, conséquence à la fois de l’arrivée de Palestiniens musulmans, après la guerre des Six jours (1967), et d’une émigration importante vers l’étranger. La communauté chrétienne de Terre sainte rétrécit d’année en année. Devant la pénurie d’emplois, les difficultés de circulation et la cohabitation parfois compliquée avec les musulmans, nombreux sont ceux qui décident de quitter les territoires palestiniens pour s’en aller chercher une meilleure vie sous d’autres cieux.

Les habitants que nous avons rencontrés préfèrent éviter d’aborder le sujet de la cohabitation entre musulmans et chrétiens. Si elle reste cordiale dans l’ensemble, la fréquentation des uns avec les autres est fortement limitée. Les mariages mixtes sont proscrits. Et la vie sociale s’organise au sein de sa propre communauté.

A Beit Jala, un petit village de l’entité de Bethléem, on compte pas moins de trois églises orthodoxes, une église protestante et une église catholique, l’église de l’Annonciation. La petite paroisse, très active, gère une unité de scouts, un séminaire et une école, privilégiée par les familles chrétiennes du village parce que considérée comme bien meilleure que les écoles publiques. L’école est payante. Mais la paroisse s’efforce d’aider les familles en difficulté. Elle peut compter, pour ce faire, sur le soutien de généreux donateurs de l’étranger. Des donateurs qui envoient de l’argent chaque année aux paroisses palestiniennes pour aider la communauté chrétienne à maintenir une présence en Terre sainte.

Des difficultés pour se rendre au travail

Firas Abed Rabbo a 29 ans. Après deux ans en France où il étudiait le droit, il est revenu à Beit Jala en septembre et travaille depuis lors au Patriarcat latin de Jérusalem. En bus, la distance entre les deux villes se parcourt en une demi-heure à peine. Mais il faut pour cela être muni d’un permis délivré par les autorités israéliennes, ce qui n’est plus son cas depuis plusieurs semaines. "J’ai pu me rendre à mon travail sans problème pendant le premier mois. Puis je n’ai plus obtenu de permis, je suis donc coincé à Bethléem. Normalement je devrais obtenir un nouveau permis d’ici quelques jours. Ce n’est vraiment pas très pratique comme situation."

Bassem Giacaman, 34 ans, à la tête d’une petite entreprise familiale qui sculpte des souvenirs religieux dans du bois d’olivier, est lui aussi revenu au pays. Il a vécu l’essentiel de sa vie en Nouvelle-Zélande. Lorsque son père est tombé malade, il est rentré à Bethléem pour maintenir l’entreprise familiale en vie. "Noël, c’est le jour le plus important pour nous. Mais les affaires ne sont vraiment pas bonnes. Du temps de mon grand-père, c’était tout autre chose."

Mardi soir, près de 2 000 personnes assisteront à la messe de minuit à l’église de la Nativité. Une messe en arabe, célébrée comme chaque année en présence du président palestinien Mahmoud Abbas.