"J’aime voyager, partout, le plus souvent possible et par tous les moyens; j’aime lire des romans, de préférence des polars, et j’aime passer du temps avec ma famille et les personnes que j’aime." C’est ainsi que Federica Mogherini se décrit sur son propre blog. Difficile, à la lecture de cet autoportrait, de se convaincre qu’elle est taillée pour incarner le visage de la diplomatie européenne. En Italie, ses détracteurs aiment à souligner que la presse internationale la juge trop sage et trop conservatrice. Et, surtout, sans doute pas à la hauteur du rôle qui lui a été confié samedi par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne. Lesquels ont cédé à l’intense lobbying mené par Matteo Renzi, le Président du conseil italien.

Dernièrement, la jeune ministre des Affaires étrangères (qui a fêté ses 41 ans en juin), a été éreintée par le "Wall Street Journal" qui l’a qualifiée de radicale chic, sans charisme : "Elle a fréquenté les bonnes écoles, suivi les facultés universitaires adéquates, fait les bons stages, été membre des groupes des jeunesses socialistes, mais malgré tout cela elle ne possède rien dans son curriculum qui lui donne l’image d’une grande femme politique", écrit le quotidien américain.

Critiquée pour son manque d’expérience après seulement quelques mois passés à la tête de la diplomatie italienne, cette spécialiste des questions internationales au sein du Parti démocrate (PD) n’est "pas une novice", souligne une source européenne. Pas plus, en tout cas, que l’actuelle Haute représentante Catherine Ashton lors de sa désignation en 2009. Samedi soir, lors de la conférence de presse qui a suivi sa nomination, Federica Mogherini a voulu désamorcer les critiques relatives à son inexpérience. "Cela fait vingt ans que je m'occupe des questions internationales", a-t-elle rappelé, en anglais (elle parle également le français et possède des bases d'espagnol). Puis : "J'ai 41 ans, mais mon Premier ministre (Matteo Renzi, NdlR) est plus jeune que moi, de même que plusieurs autres Premiers ministres européens".

Une blonde énigmatique

Elle a des allures d’héroïne des films de Hitchcock. Cette blonde énigmatique, "eau et savon", comme disent les Italiens pour souligner la simplicité de sa mise, est d’ailleurs la fille d’un réalisateur de cinéma. Diplômée en sciences politiques, elle est l’auteur d’une thèse universitaire dont le thème reste d’une brûlante actualité : elle traitait des rapports entre religion et politique dans l’islam. Active en politique depuis l’âge de vingt-trois ans, elle a une prédilection pour les relations internationales, en particulier les dossiers irakiens, afghans et du Moyen-Orient, tout en soignant les relations de la gauche italienne avec les démocrates américains.

Au sein du PD, Federica Mogherini a navigué avec habileté pour rester proche des leaders successifs. Très vite, Matteo Renzi lui confie ses dossiers internationaux et lors de son escalade à la tête du gouvernement, la désigne aux Affaires étrangères. Aux yeux du bouillant Premier ministre italien, la grande qualité de Federica Mogherini est de ne pas lui faire de l’ombre, de savoir se taire - elle ne recherche ni les projecteurs, ni les micros - et de toujours laisser la porte ouverte au dialogue.

Difficile de trouver dans ses communiqués de presse des positions tranchées sur la crise entre l’UE et la Russie. Et si cette attitude jugée pro-russe par la Pologne et les pays baltes, pouvait plomber sa candidature, elle a peut-être fini par se muer en atout. L’Allemagne, préoccupée par l’impact des sanctions contre la Russie sur sa propre économie, préférant nommer une colombe plutôt qu’un faucon pour amadouer Vladimir Poutine. "Nous savons que tous la voie militaire n'est pas la solution" à la crise ukrainienne, a-t-elle insisté samedi soir.

La favorite de Matteo Renzi

"Si ce n’est pas Federica Mogherini, le candidat italien sera Massimo D’Alema", avait menacé Matteo Renzi en juillet dernier face à la levée de boucliers d’autres Etats membres contre sa favorite. "Si vous préférez un moustachu à une jolie blonde, c’est votre affaire", avait-il ajouté. Une menace en l’air, car Renzi n’a jamais caché qu’il était prêt à aller au bras de fer européen pour imposer Mogherini. "Le Parti populaire européen a eu la présidence de la Commission, les socialistes doivent avoir celui de Haut représentant" (également vice-président de la Commission, NdlR), insiste son entourage, en ajoutant que Matteo Renzi est, à gauche, le seul chef de gouvernement à avoir gagné les élections européennes.

A Rome, les mauvaises langues avancent surtout qu’à Bruxelles, Federica Mogherini sera avant tout la marionnette de son ami Renzi. Elle s'en est défendue, samedi, assurant qu'en tant que Haute représentante et vice-présidente de la Commission, elle défendrait les intérêts de "tous les Etats membres et de chacun d'entre eux, de tous les citoyens de l'Union et de chacun d'entre eux".