L'est de la République démocratique du Congo (RDC) est confronté à une recrudescence des violences sexuelles, et pas seulement la province du Nord-Kivu, théâtre de combats depuis vingt mois à la suite de la rébellion - désormais vaincue - du M23 - a affirmé mardi le gynécologue congolais Denis Mukwege, réputé pour son aide aux femmes violées dans l'est de la RDC. "Depuis que ce phénomène du M23 a commencé (en avril 2012, ndlr), nous avons observé une recrudescence des violences", a-t-il déclaré lors d'un entretien accordé à l'agence BELGA à l'occasion d'un passage à Bruxelles.

Il a expliqué que l'ouverture de négociations en janvier entre le gouvernement congolais et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23, une mutinerie lancée au Nord-Kivu) avait eu pour conséquence que les autres groupes armés présents dans la région étaient devenus "plus violents pour se faire entendre". "Prolonger ces négociations, c'est prolonger la misère des populations", a-t-il dit, tout en récusant l'action armée pour résoudre les troubles endémiques qui agitent l'est congolais depuis des décennies.

Et corollaire, les violences sexuelles "sont reparties à la hausse", a souligné ce médecin, dont le nom avait été cité à plusieurs reprises pour le prix Nobel de la paix.

Cette recrudescence des violences s'observe non seulement en termes de déplacés - des milliers de personnes sont considérées comme des "déplacés internes" dans les provinces des deux Kivu, Orientale et au Katanga - mais aussi en termes de victimes qui viennent à l'hôpital, a-t-il dit, sans citer de chiffre.

"Tout le mal dans ce qui se passe dans l'est du Congo, c'est qu'on fait une guerre non pour une idéologie bien précise, mais pour qu'on soit amnistié, avoir des grades (lors d'une réintégration de mutins dans l'armée), devenir ministre", a-t-il dit. "Je pense que c'est quelque chose qu'il faut réprimer; il faut le refuser", a-t-il poursuivi en appelant le gouvernement de Kinshasa à cesser "de donner des primes à la violences" et à forcer les autres groupes armés, à l'instar du M23, à déposer les armes. (ndlr : L'armée congolaise aurait obtenu ce mardi une victoire historique en battant la rébellion du M23 dans l'Est de la République démocratique du Congo).

Ce gynécologue a fondé l'hôpital et la fondation de Panzi, qui a déjà traité quelque 40.000 victimes de violences sexuelles souvent atroces. Son nom a été suggéré plusieurs fois pour le Prix Nobel de la paix. Il a notamment reçu le prix de l'ONU pour les droits humains et, le 26 septembre dernier, le prix suédois Right Livelihood pour "l'action courageuse qu'il mène pour guérir les femmes survivantes de violences sexuelles dans les conflits armés et dénoncer les causes sous-jacentes de ces atrocités".

Il est aussi le lauréat du prix international Roi Baudouin pour le Développement 2010-2011. Son hôpital reçoit régulièrement la visite de responsables étrangers, dont des ministres belges et, en juillet dernier, de la compagne du chef de l'Etat français François Hollande, Valérie Trierweiler.

Selon le Dr Mukwege, son hôpital avait initialement revu ses budgets pour 2012 et 2013 à la baisse en misant sur une réduction du nombre de victimes. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. "Aujourd'hui, nous avons de grosses difficultés (financières). On a eu un budget pour soigner un nombre de malades plus réduit", a-t-il déploré.

Interrogé sur les moyens de pacifier l'est congolais, il a appelé les dirigeants de la région des Grands Lacs à appliquer l'accord-cadre d'Addis-Abeba signé le 24 février par onze pays et les engagements qu'il contient. En particulier la non-ingérence dans les affaires des pays voisins - à destination du Rwanda et de l'Ouganda, accusés de soutien au M23 - et, de la part du président congolais Joseph Kabila, la restauration de l'autorité de l'Etat à l'est et une réforme du "secteur de sécurité" (armée et police).

"C'est un devoir qui revient au gouvernement congolais", a souligné le Dr Mukwege.