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"L'accord intérimaire adopté cette nuit représente un pas important dans la bonne direction" et "constitue une étape vers l'arrêt du programme militaire nucléaire iranien, et donc vers la normalisation de nos relations avec l'Iran", se félicite M. Hollande.L'Iran et les grandes puissances ont scellé dans la nuit de samedi à dimanche un premier accord historique pour contenir le programme nucléaire iranien, mais Téhéran et les Etats-Unis ont aussitôt étalé leurs divergences sur la question de l'enrichissement.

Au terme de cinq jours de négociations marathon à Genève et d'un blackout médiatique total sur le climat et l'évolution des tractations, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a annoncé "un accord sur un plan d'action" concernant le programme nucléaire iranien controversé. Elle était entourée du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et des six chefs de la diplomatie du groupe 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne).

Simultanément à Washington, lors d'une intervention solennelle depuis la Maison Blanche, le président américain Barack Obama a assuré que cet accord obtenu à l'arraché "barre le chemin le plus évident" de la république islamique vers une bombe atomique. Le président Obama a toujours dit qu'il ferait tout -- y compris recourir à la force -- pour empêcher l'Iran de se doter d'armes nucléaires. Les Occidentaux et Israël soupçonnent Téhéran de dissimuler un volet militaire derrière son programme civil, ce qu'il nie.

Rohani : l'accord accepte le principe de l'enrichissement d'uranium en Iran

Le président iranien Hassan Rohani a salué dimanche l'accord nucléaire conclu avec les grandes puissances qui selon lui accepte le principe de l'enrichissement d'uranium en Iran en ajoutant que les sanctions avaient commencé à se fissurer.

"Dans l'accord, le droit à l'enrichissement d'uranium sur le sol iranien a été accepté (...) et la structure des sanctions a commencé à se fissurer", a affirmé M. Rohani dans d'une déclaration retransmise par la télévision d'Etat, en répétant que "l'Iran n'a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer l'arme atomique".

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a le dernier mot sur ce dossier, a salué dimanche l'accord signé à Genève avec les grandes puissances sur le programme nucléaire de Téhéran. "Il faut remercier l'équipe de négociateurs nucléaires pour cet acquis (...) La grâce de Dieu, les prières et le soutien de la population sont sans doute la raison de ce succès", a affirmé M. Khamenei, ajoutant qu'il fallait "toujours résister face aux demandes excessives" des autres pays dans le domaine nucléaire, dans une lettre au président Hassan Rohani.

Israël dénonce "une erreur historique"

En froid avec les Etats-Unis, Israël ne cachait pas son amertume dimanche après le "mauvais accord" sur le nucléaire, qualifié de la "plus grande victoire diplomatique" de Téhéran, tout en n'excluant pas une opération militaire contre l'ennemi juré iranien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait posé des conditions très strictes à tout arrangement avec l'Iran et mené une offensive diplomatique contre l'administration de Barack Obama accusée de vouloir faire trop de concessions, est rapidement monté au créneau. "C'est un mauvais accord qui offre exactement ce que l'Iran voulait: la levée partielle des sanctions et le maintien d'une partie essentielle de son programme nucléaire", a déploré le bureau de M. Netanyahu dans un communiqué publié quelques heures après la conclusion à Genève d'un accord historique entre les grandes puissances et l'Iran.

"L'accord permet à l'Iran de continuer à enrichir l'uranium, laisse en place les centrifugeuses et lui permet de produire des matières fissiles pour une arme nucléaire", a dénoncé le communiqué, en regrettant qu'il n'ait "pas abouti non plus au démantèlement de la centrale d'Arak", un réacteur à eau lourde dans l'ouest de l'Iran. "La pression économique à laquelle est soumis l'Iran aurait pu amener à un bien meilleur accord qui aurait débouché sur un démantèlement des capacités nucléaires iraniennes", souligne également le bureau du Premier ministre.

Le président Obama a assuré que les sanctions "les plus sévères continueront d'être appliquées", mais il a une nouvelle fois exhorté le Congrès à s'abstenir d'adopter de nouvelles mesures punitives contre Téhéran.

L'Elysée salue "un pas important dans la bonne direction"

Le président français François Hollande voit "un pas important dans la bonne direction" dans l'accord intérimaire conclu à Genève sur le programme nucléaire iranien, indique dimanche un communique diffusé par l'Elysée. "L'accord intérimaire adopté cette nuit représente un pas important dans la bonne direction" et "constitue une étape vers l'arrêt du programme militaire nucléaire iranien, et donc vers la normalisation de nos relations avec l'Iran", se félicite M. Hollande.

Chine : L'accord sur le nucléaire iranien va "sauvegarder la paix" au Moyen-Orient

La Chine a salué dimanche l'accord intérimaire conclu avec l'Iran sur son programme nucléaire, qui va "aider à sauvegarder la paix et la stabilité au Moyen-Orient", selon elle. "Cet accord va contribuer à maintenir le programme international de non-prolifération nucléaire (et) sauvegarder la paix et la stabilité au Moyen-Orient", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, selon un communiqué sur le site internet du ministère.

L'accord va aussi "aider les différents acteurs à commencer à mener des échanges normaux avec l'Iran et contribuer à une vie meilleure pour les Iraniens", a ajouté le ministre, qui était présent à Genève puisque son pays fait partie du groupe des 5+1 qui a négocié avec l'Iran. Wang Yi a évoqué "une décennie de travail difficile, notamment lors des derniers jours lorsque nous sommes entrés dans la phase finale de négociations ardues".

"Nous voulons exprimer notre satisfaction auprès des acteurs de ces négociations pour avoir fait preuve de flexibilité et de pragmatisme", a ajouté le ministre.

Pékin cherche à tout prix à éviter l'instabilité au Moyen-Orient, une région productrice de pétrole, car la deuxième économie mondiale dépend largement de cette énergie pour poursuivre son expansion.

Les Emirats saluent l'accord sur le nucléaire iranien

Les Emirats arabes unis se sont félicités dimanche de l'accord intérimaire conclu à Genève sur le programme nucléaire iranien et émis l'espoir qu'il contribuera à terme à la stabilité de la région.

Il s'agit de la première réaction d'une des six monarchies arabes du Golfe, qui redoutent que leur voisin iranien se dote un jour de l'arme atomique sous couvert d'un programme nucléaire à usage civil.

Dans un communiqué publié au terme de sa réunion hebdomadaire à Abou Dhabi, le conseil des ministres des Emirats a annoncé "accueillir favorablement l'accord sur le dossier nucléaire iranien".

Il a exprimé l'espoir que cet accord intérimaire soit "un pas sur la voie d'un accord durable qui garantisse la stabilité de la région et la mette à l'abri des tensions et du risque de la prolifération nucléaire", selon le communiqué cité par l'agence officielle Wam.

Après d'âpres négociations, les grandes puissances et l'Iran ont annoncé dimanche matin être parvenus à un accord au terme duquel la République islamique accepte de limiter son programme nucléaire en échange d'un allègement des sanctions économiques, ouvrant une nouvelle période de pourparlers sur le fond pendant six mois.

Accord sur le nucléaire iranien: une "percée", mais seulement "un premier pas"

Le président russe, Vladimir Poutine, a estimé dimanche que l'accord international signé à Genève sur le nucléaire iranien était une "percée", mais seulement un "premier pas" sur un chemin long et difficile.

"Je souligne qu'une percée a été réalisée, mais seulement un premier pas sur un chemin long et difficile", a déclaré M. Poutine dans un communiqué du Kremlin, ajoutant que les pourparlers avaient permis de se rapprocher du dénouement d'un des problèmes "les plus difficiles de la politique mondiale".

Pour Ban Ki-moon, un accord "historique" peut-être en vue

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a estimé dimanche que l'accord préliminaire sur le nucléaire iranien signé à Genève pourrait être "le début d'un accord historique", selon son porte-parole.

Cet accord, qu'il a accueilli "chaleureusement", "pourrait se révéler être le début d'un accord historique pour les peuples et nations du Moyen-Orient et au-delà", a-t-il déclaré, selon le porte-parole Martin Nesirky.

Toutes les parties impliquées, Téhéran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine et Allemagne)doivent maintenant s'employer à "créer la confiance mutuelle et permettre la poursuite des négociations pour étendre la portée de cet accord initial", a ajouté Ban Ki-moon.

De leur côté, les Anciens, un groupe d'anciens dirigeants et responsables internationaux, ont eux aussi salué l'accord tout en appelant à veiller à son suivi pour être sûr qu'il sera appliqué.

"Nous sommes biens conscients des risques en présence", a dit l'ancien président Jimmy Carter dont le mandat à la Maison Blanche avait été marqué par de graves tensions avec l'Iran et l'affaire des otages de l'ambassade américaine à Téhéran.

"Mais je suis convaincu qu'après 35 années d'animosité et de méfiance, nous avons une occasion historique de reconstruire les relations avec le gouvernement et le peuple d'Iran sur des fondements solides de respect mutuel", a estimé M. Carter dans un communiqué publié par les Anciens.