Correspondant en Allemagne

Soixante-cinq ans après l’ouverture du tribunal militaire international de Nuremberg le 20 novembre 1945, les autorités allemandes inaugureront le 21 novembre prochain un Mémorial consacré à la justice des Alliés. La date tardive de l’ouverture et le vœu de la municipalité d’inscrire le Mémorial sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco ont suscité une polémique. "Ce n’est que depuis le milieu des années 80 que la population nurembergeoise discute ouvertement du passé nazi, la culture du souvenir a évolué", se justifie le bourgmestre de la cité de 500 000 habitants, le social-démocrate Ulrich Maly. De plus, l’Etat fédéral et l’Etat bavarois ont mis longtemps à s’accorder sur le partage du coût de construction du musée de 4,6 millions d’euros.

Le Mémorial sera installé dans les combles du palais de justice de la Fürther Strasse, un étage au-dessus de la fameuse salle 600 où avaient été jugés les principaux criminels de guerre nazis, dont Hermann Göring et Joachim von Ribbentrop. Depuis que les Américains ont remis le palais de justice aux Allemands, le tribunal de grande instance siège dans la salle 600 et continuera à le faire. "C’est un compromis, on verra comment cela va fonctionner", concède Henrike Zentgraf, collaboratrice scientifique du centre de documentation du Reichsparteitagsgelände (aire des congrès du parti nazi) qui va gérer le Memorium.

Certains exigent que le ministère bavarois de la justice abandonne la salle 600 au Mémorial. Déjà actuellement, avant l’ouverture du musée prévu sur 750 mètres carrés, plus de 20 000 personnes par an, en priorité des touristes américains, visitent les lieux quand il n’y a pas de procès.

Dans le Mémorial, on pourra voir entre autres la gabelle de Göring, qui s’est soustrait à la pendaison en mordant sur une capsule de cyanure, ainsi que la corde avec laquelle a été pendu Julius Streicher, le Nurembergeois éditeur du journal antisémite "Der Stürmer".

La municipalité souhaite que les ministres des Affaires étrangères des pays alliés participent à la cérémonie d’ouverture du Memorium. Or, à ce jour seul le ministre allemand Guido Westerwelle a promis de venir. La demande de la ville de porter le Mémorial sur la liste de l’Unesco a été mal perçue dans plusieurs pays. Certains journaux ont cru comprendre que Nuremberg réclamait le statut de l’Unesco pour la vieille ville médiévale, d’ailleurs magnifique, et le camp des congrès nazis, ce qui n’est pas le cas.

Albert Speer junior, fils de l’architecte de Hitler, a déconseillé de célébrer ainsi le lieu de défilé de la Wehrmacht, des SA, SS, etc. Le journal polonais "Rzeczpospolita" a critiqué l’intention de la ville, "connue pour sa fidélité à Hitler, de vouloir entrer dans l’Histoire comme centre de la paix et des droits de l’Homme".

Autre aspect du passé nazi : jusqu’au 31 octobre, il est possible de visiter, dans le centre de documentation du Reichsparteitagsgelände, l’exposition Das Gleis (Le rail) consacrée à la "logistique de la démence raciale" : pendant la guerre la Reichsbahn a transporté trois millions de juifs, tziganes et détenus politiques vers les camps de la mort.