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Barack Obama s’est mis au pied du mur en promettant, dimanche soir, lors d’un office religieux à la mémoire des victimes de la fusillade de Newtown, qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer la sécurité de ses compatriotes et celles des enfants en particulier. Mais, preuve s’il en fallait que la résolution sera difficile à mettre en œuvre, le Président américain n’a pas prononcé une seule fois le mot "armes" au fil d’un discours de dix-huit minutes, comme s’il s’agissait d’un tabou.

" Aucune loi ou ensemble de lois ne peut éradiquer le mal en ce monde ou empêcher des actes de violence insensés dans notre société, mais cela ne saurait constituer une excuse pour ne pas agir ", a déclaré Barack Obama, en soulignant sa détermination à empêcher que pareilles tragédies se reproduisent.

"Nous ne pouvons pas admettre que des événements de ce genre deviennent une routine , a averti le Président. Sommes-nous vraiment disposés à dire que nous sommes impuissants face à un tel carnage ? Que la politique est trop difficile ? Sommes-nous disposés à dire que la violence qui s’abat sur nos enfants année après année après année est, d’une certaine façon, le prix à payer pour notre liberté ?"

Barack Obama sait qu’il avance en terrain miné. Le port d’armes est un droit constitutionnel aux Etats-Unis, garanti par le Deuxième Amendement dont la Cour suprême a plus d’une fois réaffirmé le caractère intangible. Enraciné dans la culture et les mentalités, il est défendu par une écrasante majorité d’Américains, tant Républicains que Démocrates. Quand Bill Clinton fit voter, en 1994, une loi interdisant la commercialisation des fusils d’assaut, son parti ne tarda pas à perdre sa majorité parlementaire - en grande partie à cause de cela. La loi expira dix ans plus tard, sans que personne prenne le risque politique de la renouveler.

On prête à Barack Obama la volonté de relever le défi. Une proche alliée du Président, la sénatrice de Californie et ex-speaker de la Chambre des représentants Dianne Feinstein, a d’ores et déjà annoncé son intention de déposer un projet de loi en ce sens dès la rentrée en janvier. S’il n’est pas possible de réglementer plus sévèrement la détention des armes à feu, l’idée est d’au moins interdire la vente des "armes de guerre", celles qui permettent de faire de nombreuses victimes en un minimum de temps. Il y aura encore des morts, mais plus, espère-t-on, d’hécatombes.

Un silence temporaire

Les ambitions ont beau être minimalistes, elles risquent de se heurter à de farouches résistances. Les chantres de la liberté de posséder une arme se sont montrés remarquablement discrets depuis la tuerie de Newtown. Le puissant lobby des armes, la National Rifle Association, était aux abonnés absents durant le week-end, tandis que les chaînes de télévision invitaient en vain des parlementaires à venir défendre, sur les plateaux, leur position bien connue en faveur des armes à feu.

On peut néanmoins parier qu’une fois l’émotion retombée, et dans le secret des coulisses du Congrès, les défenseurs inconditionnels du Deuxième Amendement se battront bec et ongles pour barrer la route à toute nouvelle législation. D’ores et déjà, les partisans du statu quo font valoir que le problème, ce ne sont pas les armes, mais ceux qui s’en servent à mauvais escient. Et de préconiser non pas un contrôle renforcé sur les armes à feu, mais une surveillance accrue des individus dérangés mentalement ou psychologiquement.

D’autres sont plus terre à terre. Avec 250 millions d’armes déjà en circulation aux Etats-Unis, remarquent-ils, cela n’a plus guère d’utilité de chercher à en restreindre le commerce.