La plus haute juridiction du pays a retenu pour lui le bénéfice du doute.

C’est à l’unanimité que les sept membres de la Haute Cour d’Australie ont renversé le cours de ce qui était surnommé "l’affaire Pell". Après une longue bataille juridique, le cardinal George Pell a en effet été libéré de prison, et acquitté par la plus haute juridiction de son pays, alors qu’il avait été reconnu coupable d’agressions sexuelles commises sur deux garçons de 13 ans en 1996 et 1997. La Haute Cour d’Australie à Brisbane a en effet considéré, devant les flous et incohérences apparentes du dossier, qu’il y avait "une possibilité importante qu’une personne innocente ait été condamnée parce que les preuves n’ont pas établi sa culpabilité selon le niveau de preuve requis". Elle a donc retenu l’existence d’un "doute raisonnable" quant à la culpabilité du cardinal, afin de l’acquitter des cinq chefs d’accusation de violences sexuelles qui le visaient.

Des "invraisemblances"

Âgé de 78 ans aujourd’hui, le cardinal Pell était un des cardinaux les plus influents dans son pays, mais aussi à Rome, où François en avait fait un de ses hommes de confiance, et l’avait nommé à la tête du très important secrétariat pour l’économie qu’il avait créé pour nettoyer les finances du Vatican.

Très vite cependant, George Pell fut rappelé par la justice australienne, dont un jury populaire, en décembre 2018, l’avait reconnu coupable d’agressions sexuelles commises sur deux garçons, en 1996 et 1997, dans la cathédrale Saint-Patrick de Melbourne, alors qu’il était archevêque. George Pell avait écopé d’une peine de six ans de prison.

Cet été, trois juges professionnels de la justice de l’État de Victoria avaient rejeté l’appel du cardinal par un avis partagé (2 contre 1). L’un des trois juges avait en effet reconnu qu’il y avait une "possibilité significative" que le cardinal soit innocent.

C’est donc devant la Cour suprême que les avocats du cardinal ont pu faire valoir des "invraisemblances graves" dans cette affaire, insistant notamment sur le fait que le cardinal n’aurait pas eu le temps ou l’occasion de commettre des violences sexuelles sur les garçons dans la sacristie, après la messe.

"Je ne veux pas que mon acquittement ajoute à la douleur et à l’amertume que beaucoup ressentent ; il y a certainement assez de douleur et d’amertume", a déclaré le cardinal, ajoutant qu’une "grave injustice avait été réparée".

De leur côté, les associations de soutien aux victimes ont été plusieurs à regretter une décision "dévastatrice" pour les victimes.

Dans un communiqué, le Vatican a sobrement salué l’acquittement. "Le Saint-Siège, qui a toujours eu confiance dans la justice australienne, salue le verdict unanime prononcé par la Haute Cour [et] réaffirme son engagement à empêcher et poursuivre toutes les affaires d’agressions sexuelles sur des mineurs", pouvait-on y lire.

Lors de son homélie matinale, sans citer le cardinal, mais dans un style plein de sous-entendus qui lui est propre, le pape François a quant à lui invité les croyants à prier pour ceux "qui souffrent pour un jugement injuste à cause de l’acharnement".

Une justice questionnée

Le cardinal Pell est sorti mardi de la prison de l’État de Victoria et s’est rendu dans un couvent carmélite de Melbourne. Il est peu probable, au vu de son âge et du fait que ses mandats romains sont arrivés à leur terme, que le cardinal retourne à Rome.

Pour beaucoup d’observateurs néanmoins, les récentes avancées du Pape pour mettre de l’ordre dans les finances du Vatican reposent sur le travail entamé par le cardinal Pell à partir de 2014. Plus encore, cet acquittement pourrait accélérer le travail du Pape en la matière. Il est vrai que les accusations à l’encontre de George Pell avaient été considérées par certains comme délégitimant la politique de François, et sa capacité de s’entourer des personnes adéquates. La décision de la Haute Cour renforcera donc indirectement le Pape et sa gouvernance.

Notons enfin qu’en Australie, où ces procès furent fortement médiatisés, ce dernier verdict interroge pour certains la santé de la justice nationale, et particulièrement de la justice de l’État de Victoria, désavouée à l’unanimité par la Haute Cour. Cette affaire "fut l’une des plus grosses erreurs judiciaires de l’histoire australienne", a ainsi déclaré Andrew Bolt, journaliste et commentateur sur Sky News. Sur la chaîne ABC, le vice-recteur et professeur de droit de l’Université catholique d’Australie, Greg Craven, a déclaré en substance que ce dernier verdict n’était pas une surprise pour beaucoup d’avocats, mais qu’il fallait plutôt s’interroger sur les précédents.