Depuis que Louis Michel a quitté la Birmanie, il y a trois semaines, la situation des victimes du cyclone ne s'est pas améliorée : la junte arrête les habitants qui les secourent, empêche les bateaux étrangers d'accoster pour livrer leur aide, ferme les camps.

Que vous inspire ce manque de progrès ?

Un énorme désespoir : que des régimes puissent être à ce point insensibles au sort de leur population est déroutant. De même que l'impuissance incroyable de la communauté internationale. Il y a des situations où l'on ne sait quasiment rien faire. La diplomatie n'aide pas. La main tendue n'aide pas. Les incantations et les accusations n'aident pas. Les sanctions n'aident pas ; elles n'ont marché ni en Irak, ni à Cuba, ni en Birmanie.

Le Conseil de sécurité pourrait commencer par voter une résolution rappelant la responsabilité de la communauté internationale de protéger...

Et si la Chine utilise son droit de veto ? On sera encore un peu plus ridicule. Et quand bien même votez-vous une résolution, que se passera-t-il ? Les résolutions ne sont pas appliquées au Moyen-Orient. On est incohérent. On n'a pas les moyens de les appliquer.

Ce drame humanitaire ne justifie-t-il pas d'envoyer des vivres encadrées par une force de protection ?

Il ne s'agit pas de dire parce que la Chine et d'autres sont dans le coin. Si vous avez un conflit entre les forces qui vont apporter de l'aide et des troupes régionales, que faites-vous ? Cela ne sert à rien de gesticuler : on est impuissant, je suis désolé. En géopolitique, il faut aussi pouvoir admettre qu'on n'a pas les moyens de ses ambitions. On affirme la responsabilité de protéger, mais on ne va pas au bout de la logique : y a-t-il un pays européen prêt à exposer ses militaires pour exercer le droit d'ingérence ? Il faut mettre en concordance son ambition politique avec la réalité.

Vu la situation, quel sens y avait-il à plaider pour le droit à l'alimentation au sommet de la FAO jeudi ?

Vous ne pouvez pas non plus porter un jugement négatif sur ceux qui essaient de faire au mieux. Nous ne sommes pas des dieux, ni un commissaire européen, ni un ministre des Affaires étrangères, ni Ban Ki-moon. Nous n'avons pas les moyens politiques, techniques, militaires, matériels dont nous avons besoin pour que le monde soit heureux. Cela ne doit pas nous empêcher de faire des progrès, et nous en faisons.