Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait examiner ce mercredi le rapport final, daté du 9 novembre, du Groupe d’experts sur le Congo-Kinshasa. "La Libre Belgique" a pris connaissance du texte de ce rapport, parvenu à Africa Confidential, lettre d’information spécialisée sur l’Afrique (pour plus d’informations consulter ces prochains jours www.africa-confidential.com).

Il s’agit d’un texte très riche en informations. Il se consacre plus particulièrement aux FDLR (rebelles hutus rwandais issus des génocidaires), qui commettent de nombreuses exactions au Kivu, à leurs réseaux de soutien à l’extérieur et à la manière dont ils sont financés.

Les FDLR, qui furent longtemps les alliés de Kinshasa dans sa guerre contre le Rwanda (1998-2003) font, depuis le début 2009, l’objet d’opérations de poursuite de l’armée congolaise, d’abord avec l’armée rwandaise (janvier-février 2009) puis avec la Monuc (Mission de l’Onu au Congo). Lors de la seconde opération, des officiers de l’armée congolaise, généralement issus du CNDP (ex-rébellion tutsie congolaise conduite par Laurent Nkunda), qui se montrent les plus "agressifs" vis-à-vis des FDLR, ont profité des gains de territoires sur ceux-ci - qui contrôlaient des régions entières dans les deux Kivus congolais - pour s’attribuer, à titre privé, des mines exploitées jusqu’alors par les rebelles rwandais.

Selon le rapport, les opérations contre les FDLR ont entraîné de nouveaux recrutements, par les rebelles, de Hutus congolais et rwandais (qui sont transférés de leur pays au Congo en passant par le Burundi, "base arrière" des FDLR qui y "maintiennent une relation avec le général Adolphe Nshimirimana, chef des services de renseignements") et notamment d’enfants-soldats; d’autres recrutements ont été enregistrés dans des camps de réfugiés en Ouganda, près de la frontière congolaise.

Les opérations militaires ont également entraîné le passage en Zambie d’un "grand nombre de personnels FDLR en retraite".

Ces opérations militaires ont, jugent les experts, échoué à neutraliser les FDLR, tout en exacerbant la crise humanitaire dans la région en provoquant le déplacement de milliers de civils et en impliquant la Monuc dans des opérations ayant un impact négatif sur la population, alors que les Casques bleus ont été "incapables" d’amener une amélioration du respect des droits de l’homme par l’armée congolaise en l’accompagnant dans ses opérations.

Le rapport cite par ailleurs plusieurs exemples de détournement d’armements de l’armée congolaise au profit des FDLR par des officiers supérieurs congolais; l’armée de Kinshasa est ainsi la "principales source d’armes et munistions des FDLR". Sont notamment cités le colonel Baudouin Nakabaka, "numéro deux" de la 10e Région militaire (Sud-Kivu), et son supérieur direct, le général Pacifique Masunzu.

Selon les experts, en outre, des unités congolaises ont entravé le travail de la Monuc pour démobiliser et rapatrier des FDLR, voire prévenu les combattants rebelles de l’arrivée de l’armée congolaise, sensée les attaquer, en tirant en l’air.

Les FDLR sont financés par la diaspora (voir article sur les Belges) et par l’exploitation de ressources naturelles congolaises.

Sur le premier point, les experts mettent en cause les autorités françaises, à qui ils ont demandé leur collaboration plusieurs fois depuis septembre 2008 afin d’identifier des numéros de téléphone utilisés par les FDLR "mais attendent toujours, en particulier au sujet de M. (Callixte) Mbarushimana", secrétaire exécutif des FDLR, qui habite en France.

Les experts s’inquiètent également du manque de respect, par plusieurs Etats, de leur obligation de signaler tout envoi à l’armée congolaise de matériel militaire, expertise ou formateurs. Ils suspectent notamment des chargements nord-coréens et chinois d’irrégularités.

Les experts recommandent des sanctions financières et des entraves aux déplacements "des individus et entités qui ont directement ou indirectement appuyé des groupes armés" opérant dans l’est du Congo. Ils recommandent le gel des avoirs et l’interdiction de voyager des FDLR en tant qu’organisation et l’autorisation, pour les Etats membres de l’Onu, "de prendre des mesures plus strictes, un niveau national, contre les personnes identifiées comme membres et supporters des FDLR".