Le ministère de la Défense est "prêt à répondre" à d'éventuelles demandes de l'OTAN pour une implication accrue en Afghanistan, notamment à l'approche de l'élection présidentielle du mois d'août, mais aussi dans le cadre d'un meilleur "partage du fardeau" entre alliés, a affirmé vendredi le ministre de la Défense, Pieter de Crem.

Aucune demande formelle n'a encore été adressée à la Belgique, mais le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a annoncé la semaine dernière devant le parlement belge que l'Alliance atlantique aurait besoin de 10.000 hommes supplémentaires pour renforcer la force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) en Afghanistan lors de la période des élections, fixées au 20 août. "Il n'est pas exclu que l'on reçoive de nouvelles demandes, on sera prêt à y répondre", a assuré M. De Crem (CD&V) au cours d'une rencontre avec des journalistes.

"On anticipe pour voir comment répondre à des questions spécifiques", a-t-il ajouté. M. De Crem a laissé entendre que la Belgique pourrait faire un effort supplémentaire en matière de formation de l'armée nationale afghane, alors que l'armée a commencé à déployer une équipe d'instructeurs - une "Operational Mentoring and Liaison Team" (OMLT) dans le jargon atlantique - à Kaboul, d'où elle gagnera Kunduz (nord) en avril prochain.

Le nouveau président américain Barack Obama a fait de la guerre en Afghanistan l'une des priorités de son mandat et entend y envoyer cette année jusqu'à 30.000 soldats américains en renfort des quelque 70.000 hommes déjà présents au sein de deux forces multinationales, l'une commandée par les Etats-Unis - l'opération anti-terroriste "Liberté immuable" ("Enduring Freedom", OEF), - et l'autre dirigée par l'OTAN, l'ISAF.

M. De Crem a souligné que les Etats-Unis favorisaient désormais, avec l'arrivée au pouvoir de M. Obama, une "approche multilatérale". Il a ainsi laissé entendre que la nouvelle administration demanderait aux Européens d'en faire davantage en Afghanistan, soit d'un point de vue militaire ou policier -l'Union européenne y dirige une modeste mission d'encadrement de la police afghane de 180 personnes, avec le projet d'atteindre le chiffre de 400 à terme - ou pour la reconstruction du pays, ravagé par des décennies de conflits.

L'histoire du "burden sharing" (partage du fardeau des tâches et des responsabilités) au sein de l'OTAN va revenir, a souligné le ministre, en rappelant que certains de ses homologues étaient sous pression de leur opinion publique et de leur parlement pour réduire leur engagement en Afghanistan.

Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende a ainsi réaffirmé la semaine que la "grande mission" des quelque 1.600 militaires néerlandais actuellement présents dans la province d'Oruzgan (sud de l'Afghanistan) prendrait fin en 2010. Et le Canada, qui a déployé un contingent de 2.700 hommes en Afghanistan, au prix de 107 morts depuis 2002, n'entend prolonger sa présence au-delà de 2011, même si M. Obama le lui demandait.

M. De Crem a toutefois rappelé les efforts supplémentaires déjà consentis par la Belgique depuis un an, qui a dépêché en septembre dernier quatre chasseurs-bombardiers F-16 et une centaine de militaires à Kandahar (sud) pour appuyer les troupes terrestre de l'ISAF et commencé à déployer une OMLT de quelque 70 personnes à Kaboul d'abord, à Kunduz ensuite.

Le ministre a admis qu'il n'existait pas au sein du gouvernement de consensus pour autoriser le déploiement de ces instructeurs "ailleurs que dans le nord de l'Afghanistan" - une région considérée comme plus paisible que le sud, bien que l'insécurité y soit en progression constante. Les effectifs belges en Afghanistan vont atteindre le seuil des 500 militaires, alors que l'ISAF compte désormais plus de 52.000 hommes.