C’est un homme distingué, policé. Il a du style et la tête bien faite."

Alassane Dramane Ouattara, surnommé "ADO" par ses partisans, a tout pour plaire aux Occidentaux, parce qu’ils comprennent ce fils de bonne famille qui a fait des études aux Etats-Unis et une carrière internationale.

Par son père, il descend de Sékou Oumar Ouattara (1665-1745), fondateur de l’empire Kong, qui s’étendait sur le nord des actuels Ghana et Côte-d’Ivoire, le sud-est du Mali et le sud-ouest du Burkina Faso d’aujourd’hui. La polémique sur la nationalité de sa mère - ivoirienne selon ADO, burkinabè, selon un tribunal ivoirien de 1995 - vaudra au politicien d’être empêché deux fois de se présenter à la présidentielle au nom de l’"ivoirité" .

Docteur en économie de l’université de Pennsylvanie, il sera directeur du département Afrique (1984-1988) du Fonds monétaire international et gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (1988-1990).

En 1990, il devient le Premier ministre d’Houphouët-Boigny, le père de l’Indépendance, qui espère qu’ADO résoudra la crise économique. Pour nombre d’Ivoiriens, celui-ci devient, et est resté, le Premier ministre de l’austérité, le "responsable" de la dégradation de leur niveau de vie. Mais il assainit les finances publiques et créé la carte de séjour pour les travailleurs étrangers (les immigrés forment un quart de la population). Il dirige le gouvernement quand les Gbagbo sont arrêtés pour leurs activités politiques.

A la mort d’Houphouët - qui a choisi pour successeur, en le nommant président de l’assemblée, Henri Konan Bédié, Ouattara se présente, comme ce dernier, à la télévision, pour revendiquer le pouvoir. Mais c’est Bédié, appuyé par l’armée au nom de la légalité républicaine, qui remporte le bras de fer. D’ethnie baoulé, comme son prédécesseur, Konan Bédié est peu habile et rapidement impopulaire; pour y remédier, il adopte le discours démagogue de l’"ivoirité" . S’il gagne les élections de 1995, c’est grâce à cela, qui interdit à ADO de se présenter, et à l’appareil du parti ex-unique.

En 1999, Bédié est renversé par le général Robert Guéï, qui lui reproche la répression de l’opposition et sa politique d’"ivoirité" , et forme un gouvernement avec le parti d’ADO. Celui-ci justifie Guéï en assurant que son coup de force "n’est pas un coup d’Etat". Pour rien : Guéï découvre bientôt que les discours sur l’"ivoirité" dopent sa cote auprès des jeunes chômeurs; le parti d’ADO quitte le gouvernement. Sur le conseil de Gbagbo, Guéï écarte 14 des 19 candidats à la présidentielle de 2000 - dont Ouattara et Bédié. C’est Gbagbo qui l’emporte, à la grande colère de Guéï et des partisans de Ouattara. Emeutes, répression, charniers.

Quand la politique antinordiste de Gbagbo suscite une tentative de coup d’Etat militaire nordiste (2002), Ouattara est accusé d’en être l’instigateur, ce qu’il nie. L’homme de Kong échappe de peu à l’assassinat par des partisans de Gbagbo et part en exil en France, patrie de sa seconde épouse (c’est Sarkozy qui les maria), Dominique Novion, la femme d’affaires qui gérait les propriétés immobilières d’Houphouët et de feu le président Omar Bongo et dont le fils travaillerait dans le commerce de cacao. Cette proximité avec la "Françafrique" (réseau de collusion entre monde politico-économique français et potentats africains) vaut à Ouattara d’être honni par des cercles de gauche d’Afrique francophone.

Admis à se présenter aux élections de 2010, il arrive second avec 32 % au premier tour, derrière Gbagbo (38 %). Le troisième, Konan Bédié (25 %) appelle à voter Ouattara au second tour, où ce dernier remportera 54 % des voix - un résultat rejeté par Gbagbo. Ouattara patiente quatre mois, tout en préparant une offensive - avec l’aide de la France, selon "Le Canard Enchaîné". Fin mars, elle est lancée. En une semaine son armée est à Abidjan. Aujourd’hui la ville est à genoux et Gbagbo, "bunkérisé", refuse toujours de céder.