29 mai de l’an 2013, 18h07. La France crépite. Vivats et huées confondus. Impossibles, ni les uns ni les autres, à chiffrer. "Selon la police" vs "selon les organisateurs". "Nous sommes énormément" vs "nous sommes davantage encore".

En démocratie, il est important d’être nombreux. Pour tout dire, il est même indispensable de former une majorité. Sans quoi, il ne s’y passe pas grand-chose. Alors, tant qu’à se compter, pourquoi ne pas s’en référer au vote exprimé par le Parlement pour déterminer "ce que la majorité des Français pense" ?Car ils pensent, pas de doute ! Chacun semble en effet avoir son mot à dire à propos du mariage gay. Gare à l’homophobie larvée autant qu’à l’homophilie douce, selon le camp dont on se revendique. Les censeurs de la pensée ciblent tant le moindre mot chelou* que tout début d’attitude conciliatrice. Gaffe donc.18h08. Tout le monde a bien vu ? Oui, oui, c’est ça un mariage. Deux personnes qui officialisent leur union sentimentale. C’est tout ? C’est tout.

Bon d’accord, ne soyons pas chiches : en leur adressant "votre histoire rencontre celle du pays", la maire de Montpellier a dit juste. Mais la rencontre sera brève. Dimanche, ce sont deux autres couples gays qui se présenteront à la mairie. Puis d’autres, partout en France. La gravité de la situation s’estompera et il y a peu à parier que cela soit un enjeu électoral quatre ans encore. Quelques "premières emblématiques" seront, à n’en pas douter, surlignées par les marqueurs médiatiques et/ou partisans. A terme, le "premier président" sera un des derniers stades de l’accoutumance. Certains considéreront encore cette future élection comme une atteinte à "leur" société, à "la" virilité comme à "la" féminité. Ceux-là seraient alors inspirés de lire "If" de Kipling pour comprendre que ce qui "fait" un Homme n’est pas son identité sexuelle.

D’ici là, ils pourraient aussi s’être renseignés sur les conséquences que le mariage gay a eues sur les sociétés où il est également admis. Et se rendre compte qu’elles ne présentent pas davantage de signes d’effondrement que celles qui l’interdisent.

* Adjectif estampillé "Grand Robert" 2013

Commentaire de Gilles Milecan