Les Portugais sont appelés à élire lundi leur Parlement pour la première fois depuis l’application d’une cure d’austérité sévère en 2012. Tout comme l’Espagne et la Grèce, Lisbonne avait dû se plier aux mesures imposées par les créanciers (la "troïka" Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) en contrepartie d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros : réduction du nombre de fonctionnaires, coupes dans les salaires du secteur public et les pensions de retraite, hausses d’impôts. Si les Portugais ont eu droit à tout le paquet d’austérité, aucun tremblement de terre politique, à l’image du succès de Syriza en Grèce ou de la montée de Podemos en Espagne, n’est toutefois à prévoir lors des législatives du 4 octobre. Portugal à frente, la coalition de centre droit composée du Parti social-démocrate et du CDS-PP conservateur, a même le vent en poupe dans les sondages, alors que c’est cette alliance qui a mis en œuvre les mesures d’austérité.

Face à une augmentation du produit intérieur brut de 0,9 % en 2014 et une baisse du chômage en 2015, le Premier ministre sortant Pedro Passos Coelho n’a cessé de marteler que "l’austérité fonctionne". Les Portugais auraient-ils, contrairement aux Grecs et aux Espagnols, simplement compris la vertu des efforts économiques ? "Non. C’est faux. Si les banques et les compagnies se portent mieux, c’est loin d’être le cas pour la population. La pauvreté touche aujourd’hui 47 % de la population et près d’un demi-million de Portugais ont été contraints de quitter le pays", explique Raquel Varela, spécialiste d’histoire contemporaine à l’université neuve de Lisbonne.

Si le "miracle économique" portugais est donc mitigé, une des raisons pour lesquelles Portugal à frente se maintient en tête des sondages est l’absence de réelle compétition. A gauche, l’opposition socialiste souffre encore de l’affaire Socrates, du nom d’un ancien Premier ministre issu de ses rangs, emprisonné pour fraude et corruption. De plus, souligne Antonio Costa Pinto, professeur de sciences politiques à l’université de Lisbonne, "la droite a réussi à convaincre la population que le Parti socialiste est entièrement responsable de la faillite du Portugal. Elle soutient que le pire est maintenant passé et que tout ira en s’améliorant si elle reste au pouvoir". De son côté, Raquel Valera insiste sur le fait que le PS a un programme politique somme toute très similaire à celui de la droite.

Manque d’alternatives et désillusion

Pour ce qui est des autres partis de gauche, comme le Parti communiste portugais ou le Bloc de gauche, "aucun n’affiche une volonté claire de casser avec le mémorandum (des mesures d’austérité) , de supprimer la dette ou de sortir de la zone euro", observe Mme Varela. "L’exemple grec a montré qu’il n’y a que deux solutions : soit rompre avec l’UE et l’euro, soit accepter l’austérité."

Face à ce panel politique peu diversifié, beaucoup de Portugais risquent de tourner le dos à ces élections. Ainsi, selon M. Pinto, l’abstention pourrait atteindre 42 %, comme lors des élections de 2011. "Cela montre qu’un important segment aliéné de la société n’arrive pas à se positionner dans le spectre gauche-droite et est totalement désillusionné."