Ne dites pas `service d'ordre´ lorsque vous évoquez les garants du caractère pacifique de la manifestation de vendredi, le terme a des connotations par trop sécuritaires. Et comme `gardiens de la paix´ est déjà pris, c'est l'anglicisme `peacekeeper´ qui a été choisi.

Le dimanche 2 décembre, ils étaient ainsi une soixantaine à suivre dans les locaux d'Oxfam, à Molenbeek, une formation, sous la forme de jeux de simulation suivis de discussions, pour assimiler l'art subtil de veiller à la sécurité des manifestants sans pour autant prendre le rôle de la police. Xavier Declercq, membre d'Oxfam et un des trois coordinateurs de la sécurité interne est conscient de l'importance de cette mission. `Nous devons rassembler le plus de garanties possibles quant au bon déroulement de la manifestation parce que quelques incidents peuvent décider de l'image du mouvement. Nous attendons tout de même 25 000 personnes.´

Il a également une vision claire du `peacekeeping´. `Ce n'est pas un service d'ordre au sens classique, ni une force d'interposition. Nous n'en avons pas les moyens, ni la volonté. Notre rôle, est préventif, nous devons persuader par la parole que la manifestation doit rester pacifique. Le danger intérieur vient d'éventuels surexcités qui veulent casser ou réagir à des provocations extérieures.´ Le rôle de la police dans les émeutes survenues à Gênes est à l'évidence encore présent dans pas mal d'esprits.

Exemple concret de la gestion une situation à risque de débordements: `Imaginons que les peacekeepers remarquent cinq ou dix personnes qui se préparent à casser une vitrine. Une réaction possible est la formation d'un cordon pour les empêcher d'agir mais c'est, à notre sens, un mauvais choix parce qu'il est possible que les membres de la sécurité arrivent à les maîtriser mais cela peut provoquer une bagarre et des réactions en chaîne et de toute façon, ces `peacekeepers´ seront ensuite considérés par les autres manifestants comme des agresseurs. Le bon choix, c'est de les laisser passer et de les isoler. Pour cela, on peut faire asseoir les autres manifestants ou plutôt les inciter à continuer la manif sans se préoccuper de ces quelques casseurs. Parallèlement, il faut contacter les trois coordinateurs (NdlR: un pour les ONG, un pour Attac et un pour d14) qui évalueront en accord avec l'officier de police de liaison si une intervention des forces de l'ordre est nécessaire.´

Ces trois coordinateurs sont le sommet d'une pyramide où l'on retrouve environ 200 peacekeepers organisés en unités - avec un responsable par unité - réparties tout le long du cortège. Aux points et carrefours sensibles du parcours, tel l'angle de la place Bockstael et de la rue Stéphanie, seront également installés des peacekeepers `zonaux´. `Sans oublier les propres services d'ordre de certaines organisations´, signale encore Xavier Declercq. Le `peacekeeping´ ne se cantonnera pas à la manifestation puisqu'il sera également assuré sur le site de Tour et Taxis.

AVOCATS POUR MANIFESTANTS

Depuis Seattle, les manifestants anti-mondialisation ont également adopté le `legal team´, soit une équipe d'avocats, de juristes et d'étudiants en droit qui servent de conseillers juridiques aux manifestants qui estimeraient que leurs droits ont été bafoués. `En marge de ces manifestations, les autorités prennent des mesures qui touchent soit à la simple liberté de circulation voire aux libertés d'opinion et d'expression. Nous sommes là pour informer et défendre les manifestants dont les droits fondamentaux sont en danger´

Nous expliquait déjà Norbert, un avocat de 46 ans, lors de la manifestation de Gand.

`Pendant les manifs, nous observons ce qui se passe et assistons les participants qui voudraient porter plainte contre les forces de l'ordre. Nous avons également en vue d'écrire un livre noir pour signaler toutes les infractions commises contre le droit de manifester.´

`Peacekeepers´ et `legal team´ ont un espoir commun: passer un vendredi de tout repos.

© La Libre Belgique 2001