En dix ans, l’Eglise catholique n’a sans doute jamais autant bougé dans sa prise en considération du pénible dossier des abus sexuels commis sur des mineurs par des clercs et autres religieux mais nombre de victimes restent réticentes sinon méfiantes à l’égard de cette mobilisation.

C’est dans ce climat un peu tendu qu’a débuté lundi à l’Université jésuite de la Ville Eternelle, mieux connue dans le jargon du Vatican comme "la Grégorienne", le symposium international qui rassemble 110 délégués des Conférences épiscopales et 35 supérieurs majeurs d’ordres et de congrégations religieuses.

La délégation belge comprend tout logiquement les deux évêques référendaires sur la question, NN SS Guy Harpigny et Johan Bonny qui ont sérieusement fait bouger les lignes en Belgique malgré la résistance acharnée de certains collègues-prélats mais l’on a aussi annoncé la participation du jésuite Mark Rotsaert, qui a présidé la conférence des supérieurs jésuites d’Europe et travaillé notamment avec le supérieur général, tout comme celle de frère René Stockman, le supérieur général des Frères de la Charité, un ordre qui n’a pas été épargné par les scandales. La Belgique et plus spécifiquement l’Eglise catholique n’a pas à rougir de sa mobilisation sous la pression, il est vrai, des médias et de l’opinion publique, sans parler du rôle essentiel joué par la commission parlementaire sur les abus sexuels présidée par la députée Karine Lalieux (PS).

L’on ne sait pas s’il a été inspiré par l’exemple belge mais dès lundi matin, le recteur de la Grégorienne, le P. François-Xavier Dumortier, sj, a dit sur les ondes de Radio-Vatican que "c’est une responsabilité majeure que de pouvoir regarder cette plaie béante dans l’Eglise, les yeux ouverts". Il a en tout cas tenu aussi à démentir fermement l’assertion selon laquelle tout ce symposium ne serait qu’une opération de relations publiques de l’Eglise pour se dédouaner.

Une réponse directe à Sue Cox, coordinatrice de "Survivors Voice", une association de victimes de différents pays européens et des Etats-Unis, qui a clamé qu’"ils (l’Eglise ) n’invitent pas ceux qui ne sont pas de leur côté" avant d’ajouter que "c’est juste du théâtre, cela ne sert à rien, ils veulent simplement redorer leur blason par trop terni " Susan Cox a encore demandé qu’une autorité indépendante fasse vraiment la lumière et puisse enquêter en toute liberté dans et autour de l’Eglise. En écho à ces propos tenus avant l’ouverture du symposium, le préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada rappelé qu’"organisé par l’université pontificale grégorienne de Rome, ce colloque a pour ambition de promouvoir de vraies réponses au problème de la pédophilie dans l’Eglise et de faire en sorte que l’Eglise soit à l’avenir aux avant-postes de la protection de l’enfance".

Un message ambitieux partagé par le Pape. "Le Saint-Père soutient et encourage tous les efforts visant à répondre (...) au défi consistant à fournir aux enfants et aux adultes vulnérables un environnement favorable à leur épanouissement humain et spirituel", a dit en son nom le cardinal Bertone, numéro deux du Vatican. L’occasion de rappeler que Benoît XVI est plus attentif à la question que son prédécesseur. Dès 1995, il avait bousculé des hauts gradés comme l’archevêque de Vienne Groer ou le fondateur des Légionnaires du Christ, le P. Marcial Maciel, contre lequel Jean-Paul II n’entreprit presque rien alors que les faits étaient connus au Vatican.