Correspondant au Caire

C'est en 1971 alors qu'elle a l'âge de la retraite que Sœur Emmanuelle décide de s'occuper des chiffonniers du Caire à Ezbet El -Nakhl. Elle y restera plus de vingt ans en passant le plus clair de son temps dans une cabane en torchis parmi ces laissés-pour-compte vivant tout naturellement dans un monde fait d'ordures.

Pour elle, la vie ne sera pas facile mais jamais elle ne se plaindra, trop occupée qu'elle sera à s'intéresser aux autres. La nuit, nous confiait-elle, "je dors avec une toile cirée sur moi afin d'empêcher les rats de grimper sur mon lit...".

Aussitôt arrivée à Ezbet El-Nakhl, elle se met au travail et quel travail ! Car tout reste à faire. Avant tout, sa priorité va aux enfants dont il faut s'occuper sur le plan de l'éducation mais également et surtout de la santé via notamment l'apprentissage par les parents des règles élémentaires d'hygiène. A son arrivée, de nombreux enfants mouraient du tétanos; cela n'avait rien d'étonnant quand on les voyait dormir, manger ou jouer sur les tas d'ordures. Fort heureusement, cette maladie a pratiquement disparu. Mais malgré vingt ans d'un dévouement sans borne, doublé d'une énergie à toute épreuve, il reste encore beaucoup à faire. Depuis son départ, si la situation ne s'est pas dégradée, le travail demeure immense dans cet endroit qui abrite quelque 10000 personnes.

En 1980, Sœur Emmanuelle a la satisfaction de voir que son travail est reconnu : Gihane Sadate, la femme du Président, vient inaugurer le Centre Salam. C'est un centre polyvalent avec un dispensaire où une vingtaine de médecins bénévoles donnent des soins, une maternité, des ateliers professionnels, un club social sans oublier un centre spécialisé pour handicapés. Elle créera aussi une petite école.

Congrégation copte

Pour l'aider dans son œuvre de construction des différents bâtiments, de nombreux jeunes étudiants bénévoles belges sont venus, pendant les vacances, donner un "coup de main" à Sœur Emmanuelle. A son départ du Caire, elle va confier la direction du Centre à la congrégation copte orthodoxe égyptienne "Les filles de Marie", qui continue l'œuvre. Elle n'a pu voir le jour que grâce à sa ténacité et à une énergie hors du commun mais également en ne manquant pas d'apostropher parfois les nantis pour les encourager à "ouvrir leur portefeuille", tels ces touristes accomplissant un périple en Egypte organisé par "La Libre Belgique". "Vous êtes dans un hôtel de luxe mais n'oubliez pas de penser à mes chiffonniers qui eux vivent dans la crasse. Allez yallah (son mot favori, NdlR.), soyez généreux", lança-t-elle un jour. Elle a beaucoup aimé sa vie et son travail en Egypte. Ne disait-elle pas : "Au Caire, la tête dans les étoiles et les pieds dans les ordures, je me sentais entourée d'un monde presque harmonieux...".