De l'ombre à la lumière. Préparée dans le plus grand secret depuis deux mois, la déclaration de Berlin sera adoptée, dimanche, par les chefs d'Etats et de gouvernement des Vingt-sept et signée par les présidents des trois institutions - Commission, Conseil et Parlement.

Lors de l'accession de son pays à la présidence de l'UE, en janvier, la chancelière allemande Angela Merkel avait inscrit dans la liste de ses priorités la rédaction d'un texte à la gloire de l'Europe, qui serait présenté à Berlin pour le 50e anniversaire des traités de Rome. Un texte qui célébrerait les succès de plus d'un demi-siècle de construction européenne mais baliserait aussi l'avenir d'une Union groggy, après les déboires rencontrés par le traité constitutionnel. Vaste programme, même s'il tient en deux pages, rédigées dans un langage accessible aux citoyens. On devinait qu'il ne serait guère aisé de parvenir à un consensus sur l'avenir de l'Union, la question de la relance du traité constitutionnel se profilant en filigrane du texte. On s'est rendu compte que la perception du passé et des réalisations marquantes de l'Europe variaient d'une capitale à l'autre. Et dire que la déclaration de Berlin n'est jamais qu'un prélude à la reprise des discussions sur la consitution.

Le culte du secret

Pour obtenir l'adhésion de tous les Etats au texte, Mm eMerkel a multiplié les rencontres bilatérales, s'appuyant pour arrondir les angles sur les sherpas désignés par chaque pays. La tactique n'a pas eu l'heur de plaire à tout le monde. Le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht s'était ému de la méthode "fort intergouvernementale et peu communautaire" privilégiée par la chancelière.

Laquelle, soucieuse de ne pas étaler au grand jour les divergences, et de garder la main sur la rédaction du texte a cultivé le secret d'une manière que certains ont qualifié de paranoïaque. "Nous n'avons pas encore reçu le texte et quand nous l'aurons, nous ne serons pas en mesure de modifier quoi que ce soit", fulminait le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, mercredi.

Les eurodéputés déplorent pour leur part d'avoir du débattre du texte qu'ils n'avaient pas lu. "La diplomatie du secret conduit toujours à des solutions qui mènent au plus petit dénominateur commun", regrettait le coprésident des Verts européens, Daniel Cohn-Bendit vendredi, dans un communiqué. "Pour éclairer l'avenir, nous avons besoin d'un espace public européen vivant." Il s'est cependant trouvé des voix pour soutenir la méthode allemande. "S'ils avaient essayé de mettre sur pied un trilogue entre le Parlement, le Conseil et la Commission, ç'aurait été épouvantable, long et pesant", défend le libéral britannique Andrew Duff. "C'était une option très intelligente d'avoir tenu secret les avancées. L'intérêt de la presse n'a fait qu'augmenter, et elle y consacre des pages et des pages. Je trouve d'ailleurs le résultat est plutôt bon, d'après ce que j'ai pu lire de la version française quasi définitive."

Mécontentement

Tout le monde ne partage pas son avis. "Tout ce qui est dans le texte nous convient", précise un diplomate belge, "mais nous regrettons que le développement durable ne soit pas mentionné, et nous voudrions qu'un paragraphe soit ajouté pour décrire la méthode communautaire. Nous avons pris contact avec la présidence allemande à ce sujet."

La déclaration précise qu'en 2009, "l'Union devra reposer sur de nouvelles bases". Prague qui refusait qu'une date soit mentionnée pour l'établissement d'une nouvelle architecture institutionnelle, a menacé de se désolidariser du texte. "La présidence allemande assumera la pleine responsabilité du texte de la déclaration et il reviendra aux pays membres [...] de décider comment l'interpréter", a déclaré le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek. Joyeux anniversaire en perspective.

© La Libre Belgique 2007