Entretien

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rançoise Dieryck est responsable "Peine de mort" pour Amnesty International depuis 1997. Seize ans de bénévolat qui ont renforcé son optimisme quant à l’évolution de la situation. Optimisme qui ne l’empêche cependant pas de garder un regard critique vis-à-vis de certains Etats.

Qu’entreprend Amnesty International pour lutter contre la peine de mort ?

La récolte d’informations les plus exhaustives possibles, recoupées pour s’assurer de leur fiabilité. Nous publions aussi notre rapport annuel, pour une information globale à destination des gouvernements et des citoyens; et nous pratiquons le lobbying, afin de faire pression, avec plus ou moins de résultats, auprès des Etats.

Comment se positionne l’Onu ?

Il existe une série de traités et les Etats adaptent leurs législations en accord ou non avec ceux-ci. Cependant, l’Onu ne peut obliger un moratoire ou une abolition de la peine de mort : certains pays ratifient ces traités, d’autres pas. Certains acceptent l’abolition uniquement en temps de paix, d’autres sont abolitionnistes dans les faits mais pas dans le droit. La Belgique, par exemple, a été abolitionniste dans les faits pendant longtemps (NdlR : 1950), mais très tardivement au niveau du droit (NdlR : 1996). Le Bélarus, quant à lui, est une exception européenne, où l’on continue à procéder à des exécutions. Le pays subit énormément de pressions de la part de l’Union européenne. Cependant, le chef de l’Etat, qui incarne un pouvoir fort, résiste toujours à ces pressions.

Quel est le pire pays en matière de conditions de détention et d’exécution ?

Il faut faire la différence entre les conditions pratiques, comme des prisons surpeuplées, et les conditions psychologiques. Le Japon, psychologiquement, est le pire. Il s’agit d’un pays évolué du point de vue de ses systèmes politique et économique. Pourtant, on y trouve environ 130 individus dans les couloirs de la mort, dans des conditions difficiles. Le contexte y est différent des Etats-Unis, où les détenus savent comment leur situation évolue; au Japon, le détenu ne sait rien et lorsque les gardiens passent le matin dans les couloirs, cela peut tout à fait être son jour d’exécution.

Qui, entre les hommes et les femmes, sont les plus touchés par ces exécutions ?

Peu de femmes sont condamnées à mort, ce qui s’explique par certaines mesures de protection, comme celle des femmes enceintes qui ne peuvent être exécutées. Mais, récemment, en Arabie Saoudite, un cas m’a frappée : celui d’une jeune femme, Rizana Nafeek, exécutée en janvier pour le meurtre d’un bébé qu’elle assurait être un accident. Non seulement, elle était probablement mineure au moment des faits, mais, en plus, elle était étrangère, Sri-Lankaise travaillant en tant qu’aide domestique

Et le Sri-Lanka n’a pas réagi ?

Non. Mais d’autres pays, à l’inverse, se préoccupent de leurs ressortissants en Arabie, comme l’Indonésie dont le consulat en Arabie doit impérativement s’occuper des travailleurs. C’est quelque chose d’essentiel, sans quoi ceux-ci peuvent être confrontés au pire, c’est-à-dire à des exécutions.

L.R. (st.)