Le harcèlement et le viol sont des fléaux quotidiens en Égypte, mais la multiplication récente d’attaques collectives contre des femmes en marge de manifestations près de la place Tahrir a encore aggravé les inquiétudes. Amnesty International a dénombré vingt-cinq cas d’agressions sexuelles autour du deuxième anniversaire de la révolution. "Les femmes sont attaquées quand elles sont seules ou séparées de leurs amis par un groupe d’hommes dont le nombre croît rapidement; elles sont attirées de force au milieu de la bande d’agresseurs, des mains ou parfois des armes violent leur corps, et les hommes tentent de les déshabiller."

La semaine dernière, quelques milliers d’Égyptiens ont protesté, réclamant que soit mis fin à ces attaques. Parmi eux, Shahira Mehrez, ex-professeur d’art et d’architecture islamique, fondatrice et membre d’une ONG qui vient en aide aux victimes de la révolution et leur famille. Pour elle, pas de doute, "les violences faites aux femmes sont en nette augmentation depuis un an et, selon des statistiques fiables, une femme est molestée toutes les six minutes". "L’inertie des pouvoirs publics a été dénoncée à plusieurs reprises mais rien ne change."

Des escadrons de sauvetage

Amnesty International a pris les devants, en s’adressant au président Mohamed Morsi pour l’inviter à prendre des "mesures drastiques envers les attaques violentes contre des femmes, dans des conditions horribles, y compris des viols, aux abords de la place Tahrir".

La plupart de ces agressions se déroulent dans des endroits bien déterminés. Les bouches de métro, par exemple, explique Shahira Mehrez. "La première chose que font ces violeurs, c’est de casser les lumières pour terroriser davantage la victime et l’empêcher de reconnaître ses agresseurs. Le surveillant de la station assiste sur ses écrans à la scène qui se déroule sous ses yeux, mais il lui est interdit de quitter son poste."

Depuis quelques mois, des escadrons composés de jeunes gens se sont formés pour défendre les victimes. Les hommes les dégagent des griffes de leurs agresseurs pendant que les femmes les prennent en charge physiquement et moralement. "Elles en ont bien besoin", souligne Shahira Mehrez, "car leur déposition au commissariat de police est une autre épreuve " Au lieu de montrer, sinon de la compassion, tout au moins une certaine compréhension, les officiers de police, en général, tancent les victimes. "Pourquoi allais-tu manifester ? Pourquoi ne restes-tu pas à la maison ?, demandent-ils. Bref, de victimes elles deviennent accusées, ce qui ajoute encore davantage à leur détresse."

La loi, ajoute Shahira Mehrez, "n’est pas adaptée aux circonstances". Ainsi, "une femme mariée doit prouver qu’il y a eu viol en produisant deux témoins. Une jeune fille vierge doit prouver son viol en désignant celui qui en premier a commis l’acte, chose impossible car ces violeurs opèrent en bande. Sans parler du traumatisme de la victime qui se trouve dans l’impossibilité de prouver quoi que ce soit".

C’est sans doute pourquoi Amnesty dénonce "une culture d’impunité" et réclame "des enquêtes impartiales et complètes". La situation préoccupe également les instances internationales, à l’instar de Navi Pillay, Haut commissaire de l’Onu pour les droits de l’Homme. "Je déplore le fait que des violences sexuelles puissent se produire apparemment en toute impunité sur une place publique, et que les autorités soient incapables de les empêcher."