Petit test: pourriez-vous en quelques mots donner une définition précise de ce qu'est une planète?... Pas si simple, n'est-ce pas?

Si le sujet peut prêter à sourire, il est pourtant pris très au sérieux par les représentants des astronomes professionnels du monde entier qui, réunis à Prague du 14 au 25 août pour la 26 éme assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI), sont appelés à trancher la question.

A ce jour, et aussi curieux que cela puisse paraître, il n'existe en effet aucune définition officielle - astronomiquement parlant - du mot «planète». Et si jusqu'il y a peu le sujet ne prêtait guère à controverse, la découverte de plusieurs astéroïdes de belle taille aux confins du système solaire est venue semer le trouble dans la nomenclature de notre univers. Ces objets célestes méritent-ils ou non le statut de «planète» ?

Les débats, qui s'annoncent animés, pourraient déboucher sur une réécriture des manuels scolaires et autres dictionnaires.

Huit ou dix planètes?

Avec la découverte, en 1992, du premier astéroïde de la «Ceinture de Kuiper», le doute s'est installé. Depuis cette date en effet, plus de mille corps ont été repérés dans cette zone située au-delà de Neptune. En 2005, l'astronome américain Mike Brown annonçait ainsi avoir découvert un astéroïde (recensé sous la référence officielle «2003 UB 313», mais baptisé officieusement «Xena» par ses découvreurs) dont le diamètre serait légèrement supérieur à celui de Pluton qui pour sa part avoisine les 2 300 km. Et 2003 UB 313, qui tourne également autour du Soleil, possède en outre au moins un satellite naturel. Autant de critères qui, selon Mike Brown, devraient lui valoir le titre de 10 éme planète.

Mais voilà, dans le petit monde de l'astronomie, l'ensemble de la profession ne partage pas ce point de vue. D'aucuns estiment au contraire que notre système solaire ne comporte pas neuf, comme c'est communément admis, mais plutôt huit planètes. A leurs yeux, la lointaine Pluton - qui fut découverte en 1930 par l'Américain Clyde Tombaugh et dont l'on ne possède aujourd'hui encore que quelques images médiocres fournies par le télescope spatial Hubble - ne mériterait pas davantage ce titre. Sa taille ridicule par rapport à celle de ses consoeurs, sa composition de roche et de glace, son orbite atypique... devraient lui valoir d'être déclassée. Elle ne serait en fait qu'un astéroïde arraché à la Ceinture de Kuiper par l'attraction de Neptune.

Pour les défenseurs de Pluton, dont fait aujourd'hui partie Mike Brown après avoir longtemps été l'un de ses détracteurs, celle-ci mériterait néanmoins de conserver son «diplôme» au nom de l'héritage historique et culturel qu'elle incarne. Une thèse qui entrouvre au passage la porte de la «classe planètes» à tout nouvel astéroïde plus gros que Pluton... Qui plus est, ces débats ont une dimension politique dans la mesure où, outre-Atlantique, l'on vivrait assurément assez mal la dégradation de la seule planète qui ait jusqu'ici été découverte par un astronome américain...

Plusieurs pistes

En 2005, pour mettre fin à ces polémiques et fixer officiellement la frontière séparant planète et astéroïde, les membres de la division Science des systèmes planétaires de l'UAI ont tenté de s'accorder sur une définition. En vain.

Partant d'une base commune - «Une planète est un objet trop peu massif pour entamer en son coeur des réactions de fusion nucléaire et qui tourne autour d'une étoile...» -, ceux-ci devaient ensuite la compléter en choisissant parmi trois critères:

- «Une planète est un astre dont le diamètre est égal ou supérieur à 2000 km». Ce qui inclut Pluton et Xena (2003 UB 313).

- «Une planète est un objet suffisamment grand (500 km de diamètre minimum) pour que sa gravité lui donne une forme de sphère». Ce qui déboucherait sur une vingtaine de planètes.

- «Seuls les objets qui gouvernent leur environnement - c'est-à-dire qui gravitent en solitaire sur leur orbite - sont des planètes». Exit Pluton.

Faute d'un consensus suffisant, un comité composé de six «sages» (quatre astronomes éminents, un historien et une romancière) a donc été appelé à la rescousse en juin dernier. Ce 16 août, ils devront présenter à l'AG de l'UAI un nouveau projet de définition qui devra être débattu et voté par leurs pairs huit jours plus tard.

Quel est le contenu de cette proposition? Mystère. La voie du salut pourrait se trouver dans la création de trois catégories de planètes : les planètes rocheuses (Mercure, Venus, la Terre et Mars), les géantes gazeuses (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) et les planètes «naines glacées» (Pluton & Co). Le suspense reste entier.

A lire: le magazine «Ciel et Espace» du mois d'août consacre un très intéressant dossier à ce sujet.

© La Libre Belgique 2006