Le pogrom de Jedwabne, un village de 4.000 habitants dans le nord-est de la Pologne, a eu lieu le 10 juillet 1941, peu après l’entrée dans cette région des troupes allemandes à la suite de l’attaque de l’Allemagne nazie contre l’URSS.

Les habitants juifs du village et de la région, précédemment occupée par l’Armée rouge depuis 1939 en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov, furent traqués par leurs voisins polonais, puis poussés dans une grange et brûlés vifs, vraisemblablement en présence, et peut-être avec le concours, de soldats allemands.

Un procès sommaire intenté aux coupables présumés par les autorités communistes en 1949 s’est soldé par la condamnation de 12 Polonais, dont l’un à la peine capitale qui n’a toutefois pas été exécutée.

Occultée ensuite pendant plusieurs décennies par le pouvoir communiste, la tuerie de Jedwabne n’a été révélée que l’an dernier à l’opinion publique, par l’historien américain d’origine polonaise Jan Tomasz Gross dans un livre intitulé «Les voisins ».

Sur la foi des témoignages de juifs rescapés, le livre cite le chiffre de 1.600 hommes, femmes et enfants, soit la quasi-totalité de la communauté juive du village, qui ont péri dans ce pogrom.

En août 2000, l’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) ouvre une enquête pour déterminer les auteurs et les instigateurs de la tuerie, ainsi que le nombre de victimes.

En mars 2001, le Premier ministre Jerzy Buzek et le cardinal-primat de Pologne Jozef Glemp déplorent publiquement la participation de Polonais au pogrom de Jedwabne. Le président Aleksander Kwasniewski annonce qu’il demanderait pardon aux juifs.

En même temps, les autorités enlèvent du lieu du massacre un monument avec l’inscription mensongère attribuant la tuerie «aux nazis allemands ».

Le 27 mai dernier, les évêques polonais expriment le «repentir » et les «regrets » de l’Eglise de Pologne pour le massacre de Jedwabne lors d’une messe célébrée par Mgr Glemp.

Une exhumation sommaire (la religion juive interdit de toucher aux dépouilles des morts), est effectuée par l’IPN fin mai et début juin sur le site de la grange à Jedwabne. Elle permet de découvrir deux fosses communes renfermant les restes de quelque 250 personnes et de nombreux effets personnels.

Le 10 juillet, 60 ans après le pogrom de Jedwabne, le président Kwasniewski demande sur place pardon aux juif pour ce massacre, au nom de ses compatriotes. (AFP)