La star américaine doit tenir le rôle principal dans ce film intitulé "Valkyrie" - réalisé par Bryan Singer, l'auteur de "Usual Suspects" -, consacré au destin du comte Claus Schenk von Stauffenberg, un officier de l'armée nazie qui tenta de tuer Hitler le 20 juillet 1944 et fut immédiatement exécuté.

L'équipe du film est venue en repérage à Berlin, où elle souhaitait entamer cet été le tournage de plusieurs scènes, sur les lieux des événements. Mais rapidement, le propre fils du comte, Berthold Schenk von Stauffenberg, 72 ans, a fait part publiquement du peu de sympathie que lui inspirait ce projet, à cause de l'acteur choisi pour incarner le résistant. "Il m'est désagréable qu'un scientologue notoire joue le rôle de mon père", a-t-il dit au quotidien Süddeutsche Zeitung.

Une partie de la classe politique allemande, particulièrement agacée par le fait que l'Eglise de Scientologie se soit dotée en janvier de 4.000 m2 de bureaux en plein centre de Berlin, lui a rapidement emboîté le pas.

Le député berlinois social-démocrate Klaus Uwe Benneter a ainsi regretté sur son site internet que le rôle de Stauffenberg ait été confié à "un acteur dont la secte tente par des méthodes douteuses d'appâter les gens pour les manipuler".

La semaine dernière, le débat a pris une nouvelle tournure, les autorités allemandes ayant annoncé qu'elles n'autoriseraient pas l'équipe du film à tourner sur les lieux où Stauffenberg fut exécuté, dans un bâtiment qui abrite aujourd'hui des services ministériels.

Il s'agit d'un lieu de recueillement, a argumenté un porte-parole, qui n'a toutefois pas évoqué la polémique sur la Scientologie. Le gouvernement d'Angela Merkel soutient par ailleurs le projet de film, a-t-il ajouté.

Mais l'équipe du tournage se heurte à d'autres difficultés: les autorités ont mis leur veto à l'utilisation d'un autre lieu de tournage, en l'occurrence un bureau de police berlinois, en arguant que les fonctionnaires risquaient d'être trop dérangés par les prises de vue.

Le président du Mémorial de la Résistance allemande, Peter Steinbach, a pris position contre Tom Cruise, un acteur selon lui "controversé", qui risque de créer dans l'esprit du public un lien "contradictoire" entre "le courage civique d'un homme qui s'est engagé contre le totalitarisme", d'une part, et "une quasi-opération scientologue", d'autre part.

Dans ce concert de critiques, l'un des rares à défendre l'acteur hollywoodien est le cinéaste allemand Florian Henckel von Donnersmarck. Dans une longue tribune publiée mardi dans la "Frankfurter Allgemeine Zeitung", le jeune réalisateur, qui a connu la consécration internationale avec un Oscar à Hollywood pour "La vie des autres", dépeint Tom Cruise comme "l'espoir de l'Allemagne", car, par ce film, "il fera plus pour la considération du pays que dix Coupes du monde de foot".

"Même la plus grande star de la nation des vainqueurs ne nous semble pas assez bien pour incarner notre héros Stauffenberg, parce que cette star, par ses convictions personnelles, n'est pas en adéquation avec les vues actuelles de l'Allemagne", regrette-t-il.

Outre-Atlantique, où les médias peinent à comprendre l'hostilité des Européens face à la Scientologie, un éditorialiste du Philadelphia Daily News a résumé les choses de manière encore plus crue, en demandant: "Quelle meilleure façon de faire revivre la période nazie que d'empêcher quelqu'un de travailler à cause de ses croyances?".