A l’issue d’un débat tumultueux, dimanche, le congrès de l’Alternative für Deutschland (AfD), réuni à Stuttgart, a pris un virage anti-islamique : 2 000 membres du parti populiste de droite ont approuvé, à une grande majorité, une résolution disant que "l’islam ne fait pas partie de l’Allemagne". Le nouveau programme du parti exige l’interdiction des minarets, de l’appel du muezzin et du voile intégral.

Incidents dus à l’extrême gauche

Le congrès a été émaillé d’incidents. Samedi, des "autonomistes" violents d’extrême gauche ont bloqué les accès du centre de congrès. 500 d’entre eux ont été interpellés, puis relâchés. Et dimanche, un site web de la gauche radicale a publié les noms des 2 000 participants au congrès. L’AfD a décidé de porter plainte.

Consciente qu’en Allemagne il n’est pas bon de critiquer les religions, la présidente Frauke Petry a préféré mettre l’accent sur le danger culturel que présente un islam "militant". "Un islam orthodoxe, qui ne respecte pas ou combat même l’ordre juridique et revendique d’être la seule véritable religion, est incompatible avec notre système juridique et notre culture", est-il dit dans le programme.

Toutefois, le congrès s’est aussi exprimé pour la liberté religieuse et a admis que "de nombreux musulmans vivent en conformité avec le droit, sont intégrés et sont des membres acceptés de notre société". Un membre de Basse-Saxe (ouest), qui militait pour un "dialogue différencié" avec l’islam, a été hué.

Le professeur Frank Brettschneider, politologue de l’université de Stuttgart, a déclaré à un reporter de la chaîne Phoenix que "partout en Europe, la critique de l’Islam est devenue un dénominateur commun, dans le Front national ou le FPÖ autrichien. Beaucoup de gens ont peur du changement et ont l’impression que leur culture est menacée."

Cela vaut surtout pour l’ex-RDA où vivent très peu de musulmans; selon les sociologues, on redoute ce qu’on ne connaît pas. Dans la Ruhr, à Stuttgart et à Munich, avec leurs grandes communautés musulmanes, en majorité turques, la population autochtone ne voit pas vraiment dans l’Islam une menace culturelle. Même pas après l’arrivée d’un million de réfugiés l’an dernier.

Les Eglises catholique et protestante ont même fortement approuvé l’accueil des migrants et, parmi les bénévoles, la majorité sont des paroissiens. Les paroles anti-islam de l’AfD n’émeuvent pas la grande majorité des Allemands.

Sortir de l’UE si elle ne se réforme pas

A Stuttgart, l’AfD a confirmé qu’il est un parti nationaliste et conservateur. Il s’est prononcé pour la sortie de l’Union européenne si celle-ci n’arrive pas à se réformer et a réitéré son opposition à l’euro. Favorable aux familles nombreuses, il exige la fin de l’aide à l’avortement.

Opposé à tout afflux "irrégulier" de réfugiés, le parti plaide pour la "possibilité de construire des clôtures de protection aux frontières". En revanche, il accepte l’immigration de personnes qualifiées, selon l’exemple canadien.

L’AfD n’est pas considéré comme un parti d’extrême droite. Beaucoup de dirigeants de l’AfD, comme le vice-président et ex-journaliste Alexander Gauland, ont longtemps été membres de la CDU, qu’ils ont quittée depuis qu’elle a été "social-démocratisée" sous Angela Merkel. Le congrès a proposé d’exclure la branche sarroise du parti, accusée d’avoir fait cause commune avec l’extrême droite. La commission d’arbitrage devra trancher.