Ce n’est pas demain la veille que les femmes européennes bénéficieront d’un congé de maternité de 20 semaines payées à 100 %, que les pères auront droit à 2 semaines reconnues dans toute l’Union et que les mamans adoptantes se verront offrir une égalité de traitement avec les mères biologiques.

Le débat qui s’est tenu, lundi à Bruxelles, entre ministres européens des Affaires sociales ne laisse à cet égard aucune ambiguïté : la position généreuse adoptée par les eurodéputés le 20 octobre dernier à l’instigation de la socialiste portugaise Edite Estrela, si elle constitue une "avancée positive" aux yeux de la ministre belge de l’Emploi Joëlle Milquet, ne peut plus être considérée comme "base de compromis possible", a reconnu la même en tant que présidente du Conseil de l’Union.

Certes, on ne s’attendait pas à ce que des pays financièrement étranglés, comme la Grèce ou l’Irlande, ne soutiennent une position impayable. "Il faut être réaliste", a martelé la ministre grecque, dont le pays prévoit déjà un congé de 17 semaines rémunéré à 100 % du salaire mensuel précédent - soit une situation plus favorable qu’en Belgique. Mais finalement, très peu de pays ont, comme le Portugal ou Chypre, soutenu la proposition du Parlement européen, censée permettre aux familles de mieux concilier vie privée et vie professionnelle.

"Nous avons un niveau de protection déjà très important pour les femmes enceintes et accouchées, nous n’avons pas besoin de dispositions supplémentaires", a tranché la représentante de l’Allemagne, où le congé de maternité s’élève à 14 semaines payées à 100 % des derniers gains. Les nouvelles dispositions "nous coûteraient 1,2 milliard d’euros supplémentaires", ce que "nous ne pouvons nous permettre" en période d’austérité. La proposition du Parlement risque d’entraîner "des conséquences négatives sur notre économie", a ajouté sa collègue danoise, alors que l’Union plaide pour élever le taux d’emploi des femmes à 75 %.

Face à ce tir de barrage des Etats membres, la présidence belge n’a pu suggérer que de revenir aux idées initiales de la Commission européenne. Elle avait proposé, il y a deux ans déjà, d’étendre la durée du congé de maternité de 14 à 18 semaines minimum, rémunérées, si pas à hauteur de l’intégralité du traitement, à un montant à tout le moins supérieur à la prestation de maladie. "Les femmes sont plus enclines à continuer à travailler lorsqu’elles disposent d’assez de temps pour s’occuper d’un nouveau-né et d’un droit solide et garanti de retrouver le même emploi au terme d’un congé familial, estimait l’Exécutif européen . Si la durée du congé de maternité est trop brève, elles font parfois le choix de renoncer à leur carrière et de devenir mères au foyer. Une amélioration des conditions du congé de maternité contribue ainsi à maintenir sur le marché de l’emploi les femmes qui travaillent déjà." Des études démontrent que des mesures destinées à améliorer les congés familiaux (congés de maternité/paternité ou parental) peuvent contribuer à une hausse de 3 % à 4 % du taux d’emploi des femmes.

Reste à voir sur quelles améliorations les Européens sont prêts à s’entendre, alors que le Royaume-Uni, par exemple, a conseillé hier de jeter le bébé avec l’eau du bain. Comme l’a déjà déclaré Joëlle Milquet à son collègue hongrois, qui lui succédera à la tête du Conseil le 1er janvier : "Bonne chance..."