Correspondante à Jérusalem

L’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien fourbissent chacun leurs armes diplomatiques, respectivement pour et contre la reconnaissance unilatérale par l’Onu d’un Etat palestinien indépendant. Et d’ici le 20 septembre, date à laquelle s’ouvrira l’Assemblée générale de l’Onu à New York, le raïs Abbas et le Premier ministre Netanyahou courtisent surtout les pays de l’Union européenne.

C’est sur cette toile de fond que le Premier ministre belge, Yves Leterme, aura ces dimanche et lundi des entretiens à Jérusalem et Ramallah. Le 20 septembre, Mahmoud Abbas va soumettre au nom de l’OLP une requête à deux volets : que les Nations unies reconnaissent une Palestine souveraine dans les frontières d’avant l’invasion israélienne de juin 1967, c’est-à-dire sur toute la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est, avec celle-ci pour capitale; et qu’elles adoptent cette Palestine comme membre à part entière.

Pour ce qui est du volet adhésion, M. Abbas ne se fait pas d’illusions. Cette adhésion doit être validée au préalable par le Conseil de sécurité. Or là, les Etats-Unis comptent user de leur véto pour y mettre le holà.

Les Palestiniens envisagent donc trois alternatives. Soit, mobiliser un maximum de votes en leur faveur au Conseil de Sécurité, notamment de ses membres permanents européens, de façon à y isoler la délégation américaine et à délégitimer son véto. Soit, demander la hausse de leur statut onusien, qui est actuellement d’"observateur", à celui d’"Etat non membre". Soit, uniquement briguer la reconnaissance de leur indépendance étatique par l’Assemblée générale.

Les deux dernières alternatives ne nécessitent pas le blanc-seing du Conseil de Sécurité. Mais dans ce cas, la reconnaissance de la Palestine demeurera essentiellement déclaratoire. Elle octroiera toutefois aux Palestiniens une tribune et un poids diplomatique incontournables. Or là, c’est Benjamin Netanyahou qui se sait battu d’avance. Car sur les 193 Etats-membres de l’Assemblée générale, une majorité d’au moins 130 s’annonce acquise aux Palestiniens. Il s’agit surtout des pays du monde arabo-musulman, d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Face à cette "majorité automatique", Israël espère toutefois réunir une "majorité morale" des grands pays influents. C’est-à-dire, convaincre au moins une trentaine d’Etats si pas de voter contre la requête palestinienne, au moins de s’abstenir. Ce qui pourrait réduire l’impact diplomatique de la reconnaissance. Et dans ce cadre, M. Netanyahou table surtout sur l’UE.

Les 27 débattent précisément ces jours-ci d’une éventuelle position commune. Et le gouvernement Netanyahou sait que beaucoup dépendra du texte de la résolution que les Palestiniens soumettront à l’Onu. A savoir, combien cette résolution laissera la porte ouverte à une paix négociée avec Israël.

Pour l’heure, en tout cas, seuls quatre pays de l’UE ont promis à Israël de s’opposer à la démarche palestinienne : l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la République tchèque. L’Espagne s’est déjà rangée aux côtés des Palestiniens. La France et la Grande-Bretagne n’excluent pas d’en faire autant, si l’impasse des négociations israélo-palestiniennes persiste. D’autres membres de l’UE n’ont pas encore annoncé la couleur. Notamment plusieurs pays de l’ancienne Europe centrale et orientale, qui ont reconnu l’Etat palestinien en novembre 1988, lorsque Yasser Arafat en a proclamé l’indépendance -théorique- à l’occasion du 19e Conseil national palestinien (le "parlement" de l’OLP) à Alger. C’était sous le régime soviétique. L’on ne sait donc pas dans quelle mesure ces pays maintiendront leurs engagements d’antan. Et parmi ceux qui ne se sont pas encore prononcés, il y a les pays qui selon Israël -à en croire des télégrammes diplomatiques révélés en juin par le quotidien "Ha’aretz"- "ont tendance à prendre automatiquement le parti des Palestiniens" . Parmi eux, Israël place la Suède, l’Irlande, le Portugal, ainsi que la Belgique.

Le gouvernement Leterme n’a encore rien décidé. Mais en juillet dernier, le Sénat belge a adopté une résolution l’invitant à reconnaître l’Etat palestinien.