Le 25 mai, le scrutin ne sera pas seulement décisif au niveau fédéral et régional mais également au niveau européen. Or, les majorités en place sont souvent encore plus floues que pour les autres niveaux de pouvoir.


Si l'on vous disait que le parti écologiste pouvait s'allier à la N-VA ou que le CDH, que Joëlle Milquet veut toujours plus humain, peut être dans la même majorité que le parti de l'ultra-conservateur hongrois Viktor Orban, le croiriez-vous? C'est pourtant la réalité du Parlement européen. Dans l'hémicycle, les écologistes sont alliés aux nationalistes flamands tandis que le CDH fait partie du PPE, le Parti populaire européen, au même titre que Fidesz-MPSz, le parti du très controversé Viktor Orban. Qu'est-ce qui peut expliquer ces coalitions irréalistes?

"Ce qu'il est important de savoir, c'est que ce n'est pas un système de majorité tel qu'on peut le voir dans les Parlements nationaux", nous explique Olivier le Bussy, journaliste à La Libre Belgique spécialisé dans les Affaires européennes. "Il peut y avoir des majorités de travail. Il faut aussi rappeler que le CDH avant était le PSC (Parti Social-Chrétien) et qu'à l'origine, le PPE est le rassemblement des partis démocrates-chrétiens. C'est après que des partis comme l'UMP ou la formation de Viktor Orban sont venus s'ajouter. Il y a une époque, peu après la chute du mur, où Wilfried Martens, qui était le président du PPE, sillonnait toute l'Europe pour trouver des partis. Ce qui fait que ce sont généralement des formations de droite ou de centre-droit, plus ou moins conservateurs et chrétiens, qui sont venus rejoindre le PPE. Cela peut paraitre hétéroclite par rapport à d'autres partis et je crois que le Parti socialiste européen est plus homogène par exemple."

Olivier le Bussy ajoute que, pour l'alliance d'Ecolo et de la N-VA, "c'est effectivement très étonnant quand on voit la manière dont ils se détestent sur le plan national, mais c'est un groupe de travail technique qui permet d'avoir un nombre suffisant de députés, d'avoir certaines commissions et d'avoir des sous. Mais c'est une alliance qui ne durera pas, c'est évident. La N-VA ne restera pas avec les Verts pour la législature suivante".

Une alliance incohérente

Cette alliance paraît contre nature lorsqu'on compare les programmes des deux partis. Surtout si on prend en compte l'alliance d'Ecolo avec Groen!, celui-là même est désigné par Bart De Wever comme étant le parti le plus éloigné de ses idées en Flandre. Cette cohabitation résulte en fait de la présence de la N-VA au sein de l'Alliance libre européenne, l'allié des Verts au Parlement européen, composée de partis régionalistes voir indépendantistes de gauche. 

"Nous sommes en partenariat avec l'ALE depuis quinze ans car nous partageons beaucoup de valeurs avec eux", nous confie Philippe Lamberts, député européen Ecolo et tête de liste aux élections européennes. "En 2008, le cartel CD&V/N-VA a explosé et le CD&V, qui siège au PPE au Parlement européen, ne souhaitait pas y revoir la N-VA qui avait un élu à l'Europe. Donc, Frieda Brepoels, l'unique élue N-VA à l'époque, a dû se chercher une nouvelle crèche. Elle est allé frapper à la porte de l'ALE avec laquelle elle partage les ambitions régionalistes, pour ne pas dire indépendantistes, fortes mais ne partage pas du tout les options socio-économiques qui sont plutôt à gauche. L'ALE se trouvait à cette époque dans une posture délicate car ils avaient perdu un élu et donc ils se sont dit que c'était une bonne occasion de combler ce manque. Nous nous sommes donc trouvés devant le fait accompli quand nous avons vu que notre partenaire avait embarqué la N-VA à bord. Le groupe des Verts aurait pu dire 'on ne travaille plus avec l'ALE' mais bon, sur les sept élus de ce parti, il y en avait six avec lesquels on travaillait bien. Donc, on ne voulait pas rompre cette alliance à cause de la présence de la N-VA. Mais dans la mesure où cette élue était toute seule, je peux vous dire qu'elle a eu exactement zéro influence sur le vote des Verts au Parlement européen. C'est une anomalie que nous avons décidé de corriger." 

L'écologiste est clair quant à sa position pour la prochaine législature : "Il n'est pas question pour nous de siéger dans un groupe commun avec la N-VA. Ce qui veut dire que la N-VA devra se trouver un autre point de chute et, en réalité, elle le fait déjà depuis longtemps car, pour elle, c'est assez gênant de se trouver dans un groupe avec nous. Allez expliquer en Flandre qu'ils sont dans le même groupe que Groen!, ça n'est pas cohérent.

Le fonctionnement du Parlement européen méconnu

Le fonctionnement du Parlement européen est très souvent méconnu par les citoyens car il est totalement différent des parlements nationaux. "Surtout, la grande différence avec les assemblées nationales c'est que dans le Parlement européen, il n'y a pas une majorité qui soutient un gouvernement" précise le journaliste Olivier le Bussy. "La Commission européenne n'est pas un gouvernement et n'est pas forcément le reflet de la majorité puisque ce sont des commissaires qui sont envoyés par des États membres. Donc le Parlement ne soutient pas un gouvernement ce qui amène beaucoup plus de mobilité quant à la formation d'alliances mais la difficulté c'est que c'est beaucoup moins clair pour le citoyen européen."

Pour notre spécialiste, le paysage électoral européen risque cependant de changer après le 25 mai. "Pour la Belgique, je ne pense pas qu'Ecolo pourra garder ses trois élus. C'est de la cuisine interne mais je pense que l'histoire entre Isabelle Durant et Philippe Lamberts leur a fait du tort (NDLR: Philippe Lamberts a été désigné en tête de liste à la place d'Isabelle Durant). On peut imaginer que le PTB va gagner un siège et irait avec la gauche radicale. La N-VA va certainement avoir trois sièges aussi. Au sein du Parlement européen, on va également avoir une montée des partis eurosceptiques. Maintenant, dans les eurosceptiques, il y a plusieurs branches aussi: il y a ceux qui le sont vraiment, il y a ceux qui veulent continuer l'Union mais ne veulent pas de sa souveraineté sur les États membres, etc... Mais de toute façon, les partis pro-européens vont garder une large majorité et auront au moins 65%. Si l'on additionne le PPE, le Parti socialiste européen, les libéraux et les verts, ils seront largement majoritaires à la sortie des élections. Et puis vu qu'on dit que Verhofstadt n'a aucune chance d'être président de la Commission il aimerait bien être président du Parlement."