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International

Pourquoi les chrétiens sont-ils tant discriminés à travers le monde?

Bosco d'Otreppe

Publié le - Mis à jour le

Comme vous pourrez le lire au pied de l'interview, la situation de la liberté religieuse est loin d'être réjouissante dans le monde. L'AED (L'Aide à l'Église en détresse) a mené l'enquête dans 196 pays, remarquant que la religion chrétienne était la plus discriminée. "Et ce n'est pas un présupposé idéologique" nous prévient Marc Fromager, directeur d'AED France que nous avons interrogé.

Qu'est-ce qui explique cette discrimination importante envers les chrétiens?

Ce n'est pas une question facile, nous avons cependant quelques pistes de réflexion. Rappelons d'abord que le christianisme est la religion la plus répandue sur terre avec deux milliards de chrétiens. Il y a donc un effet de masse.

La deuxième explication est que le christianisme se développe dans beaucoup de pays, notamment en Asie ou en Afrique, et donc perturbe ou peut perturber les équilibres religieux, sociaux qui existaient dans ces contrées. Cela crée des tensions qui se transforment en discriminations à l'encontre des chrétiens.

Notons aussi que les chrétiens sont a priori non violents, ce qui en fait une cible assez commode. Ils servent de bouc émissaires quand il y a des tensions sociales, religieuses ou ethniques dans certaines régions du monde. Il est plus facile de s'en prendre à eux, car l'on sait qu'a priori on ne risque rien en retour.

Enfin, il y a bien souvent une confusion entre christianisme et Occident. Lorsque l'Occident est mal perçu dans certaines régions du monde, à cause de son impérialisme économique, ou de son apparente décadence morale, les chrétiens payent le fruit de cette confusion et de ce rejet.

Que peut faire l'Église pour aider les chrétiens discriminés à travers le monde?

L’Église fait ce qu'elle peut. Dans certains pays comme l'Arabie Saoudite par exemple, l'Église n'a aucune possibilité de s'exprimer, car elle n'a aucune existence légale. Dans les autres pays, selon le degré de discrimination, elle s'efforce d'entretenir des relations avec les autorités locales pour démontrer que, non seulement les chrétiens ne font rien contre les intérêts du pays, mais en plus que l'institution entend rendre des services à la population. C'est souvent le cas de l'église catholique qui, à travers des hôpitaux, des écoles..., est en général très investie dans le développement social des pays dans lesquels elle se trouve.

Sur place cependant, l'Église ne peut manifester de manière très évidente son opposition aux discriminations puisqu'elle en est victime.

Au niveau du Vatican, il y a donc tout ce travail qui vise à établir des relations diplomatiques avec les pays, à insister sur le respect à avoir vis-à-vis des libertés religieuses et des minorités.

Vous signaliez justement dans votre rapport que cette conscience de l'importance des libertés religieuses prenait de l'ampleur.

Oui, c'est un constat que nous avons fait. Des organisation religieuses ou politiques comme le Parlement européen, le Conseil de l'Europe ou la Cour de Justice européenne ont pris position ou fait des déclarations ces derniers mois en faveur de la liberté religieuse. C'est quelque chose d'un peu nouveau. On constate qu'il y a maintenant une réelle attention à ce sujet.

Au niveau international, y a t-il justement des pistes concrètes pour améliorer la liberté religieuse dans le monde ?

Sur un plan politique, des résolutions ou déclarations du Parlement européen par exemple sont très bénéfiques. La visibilité des rapports qui épinglent le manque de liberté religieuse et la visibilité des organisations qui la défendent sont très importantes aussi. L'on s'aperçoit que petit à petit, la prise de conscience progresse, parce que les pays, quels qu'ils soient, sont de plus en plus attentifs à l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes. Le fait d'informer sur cette réalité constitue un moyen de pression qui, on l'espère à long terme, finira par porter ses fruits.

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