"Les Etats-Unis et l'Europe doivent aborder les musulmans comme nos amis, nos voisins et partenaires dans la lutte contre l'injustice, l'intolérance et la violence", a déclaré le président américain lors d'un sommet avec l'ensemble des dirigeants européens à Prague. "Evoluer vers l'adhésion de la Turquie à l'UE constituerait un signal important de votre engagement dans ce sens et assurerait que nous continuons à ancrer fermement la Turquie en Europe", leur a-t-il lancé.

M. Obama s'exprimait quelques heures seulement avant de gagner la Turquie, allié traditionnel des Etats-Unis et dernière étape de sa tournée en Europe. En s'exprimant ainsi, M. Obama n'a fait que reprendre à son compte une la position suivie depuis longtemps par les Etats-Unis. Mais il l'a fait à un moment où les négociations d'adhésion de la Turquie, entamées en 2005, piétinent, et où une certaine fatigue se fait sentir sur l'élargissement du bloc de 27 pays.

Opposant de longue date de l'adhésion de la Turquie, le président français Nicolas Sarkozy, présent à Prague, a immédiatement adressé une fin de non-recevoir au plaidoyer de Barack Obama. "Je travaille main dans la main avec le président Obama, mais s'agissant de l'Union européenne, c'est aux pays membres de l'Union européenne de décider", a rétorqué M. Sarkozy, sur la chaîne de télévision française TF1. "J'ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu'une immense majorité des Etats membres (de l'UE) est sur la position de la France", a-t-il ajouté. En termes plus diplomatiques, la chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi exprimé ses doutes.

Les propos de M. Obama sont "dans la tradition des Etats-Unis", a-t-elle relativisé. "Je pense qu'un lien étroit avec le monde musulman et en particulier avec la Turquie est pour nous tous une chose intéressante", a-t-elle ajouté, mais "nous discutons encore de la forme que cela doit prendre, à savoir celle d'un partenariat privilégié ou d'une adhésion entière".

En revanche, le soutien appuyé de Barack Obama à la Turquie a été du miel pour la Commission européenne, qui conduit les négociations avec Ankara et milite pour que la perspective d'adhésion soit clairement maintenue. "Je me réjouis des propos de M. Obama", a dit le président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso. "Nous avons débuté les négociations avec la Turquie en vue d'une adhésion à l'UE et il s'agissait d'une décision unanime de l'ensemble des 27 Etats", a-t-il rappelé.

M. Obama a apporté son soutien à la Turquie après avoir beaucoup oeuvré juste avant, lors du sommet de l'Otan, pour éviter une crise, en obtenant à l'arraché l'approbation d'Ankara à la nomination du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen à la tête de l'alliance.

La Turquie reprochait à M. Rasmussen d'avoir défendu la publication au Danemark des caricatures controversées de Mahomet qui avaient provoqué la colère du monde musulman en 2005. Mais samedi, le commissaire européen à l'élargissement Olli Rehn avait mis très durement en garde la Turquie, avertissant qu'un blocage risquait d'obscurcir son avenir européen en "soulevant des questions" parmi les Etats de l'UE.