International

Trois mois après le double attentat de Boston, son auteur présumé Djokhar Tsarnaev va être confronté mercredi à certaines de ses victimes, à l'occasion d'une première comparution devant un juge.

L'audience est prévue à 15H30 (19H30 GMT), et l'adolescent musulman d'origine tchétchène sera présent au tribunal fédéral de Boston (nord-est des Etats-Unis), a confirmé à l'AFP une porte-parole du procureur. Lors de cette comparution, les 30 chefs d'accusation retenus contre lui doivent lui être signifiés. Et "il aura à répondre +coupable ou non coupable+", a ajouté Christina Dilorio-Sterling.

Les victimes du double attentat commis le 15 avril près de la ligne d'arrivée du marathon, en plein centre de Boston où étaient massés des milliers de spectateurs, ont toutes été prévenues de l'audience. En cas d'affluence, une deuxième salle avec retransmission audio et vidéo a été préparée.

L'attentat avait fait trois morts et 264 blessés, transformant en carnage une traditionnelle journée de fête. Une quinzaine de victimes ont dû être amputées, d'une ou deux jambes.

Djokhar Tsarnaev, naturalisé Américain l'an dernier, est accusé d'avoir préparé et déclenché, avec son frère aîné Tamerlan, les deux bombes artisanales placées dans des cocottes-minute.

Mais il sera seul mercredi devant la juge Marianne Bowler: Tamerlan, 26 ans, le plus radical des deux, qui exerçait apparemment une forte influence sur son cadet, a été tué lors d'une confrontation avec la police le 18 avril.

A l'issue d'une vaste chasse à l'homme, Djokhar avait été arrêté le lendemain, grièvement blessé. Caché dans un bateau entreposé dans un jardin de Watertown, en banlieue de Boston, il n'était pas armé.

Il avait peu avant écrit sur une paroi intérieure du bateau les raisons de son acte. "Le gouvernement américain tue nos civils innocents. Je ne peux pas supporter de voir ce mal rester impuni. Nous, musulmans, sommes un seul corps, vous faites du mal à l'un de nous, vous nous faites du mal à tous". "Je n'aime pas tuer des civils innocents. L'islam l'interdit (...) mais arrêtez de tuer nos innocents et nous arrêterons", avait écrit Tsarnaev, qui est également accusé du meurtre d'un policier lors de sa courte cavale avec son frère.

Arrivé à Boston à l'âge de 8 ans avec sa famille en provenance du Daguestan, cet étudiant qui vivait sur le campus de l'université du Massachusetts (U-Mass) à Dartmouth était considéré comme bien intégré. Il avait des amis, fréquentait la salle de sports du campus, aimait s'amuser.

Mais il était profondément marqué par son histoire familiale, ballotté, enfant, du Caucase du Nord au Kirghizstan, avant d'immigrer aux Etats-Unis en 2002.

Ses parents étaient depuis repartis vivre au Daguestan, dont sa mère Zoubeïdat est originaire. Tamerlan, devenu très religieux ces dernières années, avait passé cinq mois l'an dernier dans ce pays, miné depuis des années par une rébellion islamiste armée.

Les deux frères, qui semblent avoir agi seuls, avaient préparé leurs bombes artisanales en se basant sur des instructions du magazine en ligne Inspire, une publication d'Al-Qaïda, selon l'acte d'accusation.

Ils regardaient aussi sur internet les prêches de l'islamiste radical américain d'ascendance yéménite Anwar Al-Aulaqi, membre d'al-Qaïda tué en septembre 2011 par un drone américain, selon la même source, et Djokhar avait téléchargé plusieurs documents appelant au jihad.

Des 30 chefs d'accusation retenus contre lui, dont "utilisation d'une arme de destruction massive ayant causé la mort" et "attentat dans un lieu public ayant causé la mort", 17 sont passibles de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité.

Mais son procès est encore loin. La décision de requérir ou non la peine de mort appartiendra au ministre de la Justice (Attorney general), quelques mois avant ce procès.

La peine de mort est rare au niveau fédéral, et les exécutions encore plus. Actuellement, 60 condamnés fédéraux américains attendent leur exécution. Seulement trois ont été exécutés depuis 1988.