Les bureaux ont ouvert lundi matin à Bruxelles et Anvers. Visite sur place.

E vet" (oui) ou "Hayir" (non). Les électeurs de la diaspora turque ont commencé à voter, lundi en Belgique et dans cinq autres pays européens, pour un référendum crucial prévu en Turquie le 16 avril, visant à instaurer un régime présidentiel et taillé sur mesure aux ambitions de Recep Tayyip Erdogan.

En Belgique, deux bureaux ont ouvert lundi matin, l’un au consulat général de Bruxelles, l’autre à celui d’Anvers. Ils sont ouverts tous les jours jusqu’au 9 avril, de 9h à 21h.

Les électeurs n’ont qu’à apposer un cachet sur la case de leur choix. "Il n’y a pas de question, c’est oui ou non", explique un assesseur. "L’électeur est bien au courant du débat." Près de 120 000 Turcs et Belgo-Turcs sont inscrits pour participer au scrutin, sur une communauté d’environ 220 000 personnes.

Une fois la vérification faite de l’identité de l’électeur et de son numéro national, ce dernier vote dans l’isoloir puis glisse son carton dans une enveloppe. Il ne peut pas emporter son GSM dans l’isoloir par crainte qu’il ne photographie son bulletin et le diffuse à travers les réseaux sociaux.

Des représentants de quatre partis majeurs (AKP, au pouvoir; MHP, nationalistes; CHP, laïcs et socialistes; HDP, prokurde) veillent au bon déroulement du scrutin.

Les sondages montrent une opinion publique très polarisée, avec un camp d’indécis de 15 à 17 % selon l’institut Konda à Istanbul. Le président Erdogan a absolument besoin du vote des nationalistes du MHP pour l’emporter, ce qui explique ses diatribes flattant le sentiment national turc, selon plusieurs analystes.

"Aux Etats-Unis, un juge peut faire face au président, alors cela va. Mais j’ai peur que le président (turc) se mette au-dessus des lois", explique un électeur sortant du Consulat de Bruxelles avec son épouse. Le couple âgé admet d’un geste avoir voté contre la réforme.

Au cours de la campagne, M. Erdogan a, tour à tour, accusé les autorités allemandes et néerlandaises de se conduire en "nazis", dit s’attendre à ce que le parlement turc rétablisse la peine de mort et pronostique un autre référendum sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Ses sympathisants estiment que M. Erdogan est diabolisé dans la presse européenne. "Tout est exagéré sur ce qui se passe en Turquie. Il y a en Belgique un état d’alerte au niveau 3 et des soldats dans les rues. En Turquie, les interventions de l’armée sont plus ponctuelles. Il n’y a plus de grand chef d’Etat en Europe - plus de Jacques Delors, d’Helmut Kohl ou de Margaret Thatcher. Erdogan en est un", affirme un supporter.

Traditionnellement, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) gagne les scrutins en Belgique. Il avait obtenu 62,93 % des voix aux législatives de juin 2015, contre 49,48 % en Turquie.

Les purges massives de fonctionnaires à la suite du coup d’Etat manqué de l’été 2016 - plus importantes en nombre que lors du coup militaire de 1980 - ont cependant fini par ébranler les convictions d’une partie des pro-Erdogan. Ce qui fait qu’il y a des indécis même dans les rangs de l’AKP, estime Bekir Agırdır, directeur-général de l’institut Konda.