Des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants criant "Ali doit partir" ont éclaté mercredi à Libreville juste après l'annonce officielle de la réélection du président gabonais Ali Bongo Ondimba. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour repousser les manifestants qui voulaient s'approcher du siège de la Commission électorale (Cénap), près du rond-point de la Démocratie.

Armée, forces de police anti-émeutes, gendarmes cagoulés ont bloqué la circulation sur la voie express, l'un des principaux axes de la capitale avec des camions lance-eau et des blindés légers, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Malgré les lacrymogènes, des centaines de personnes tentaient tout de même de converger sur la voie express, parfois en brûlant des pneus.

"Jean Ping président", "On nous a volé les élections", criaient les manifestants.

Des hélicoptères tournaient dans le ciel et des colonnes de fumée s'échappaient de plusieurs quartiers populaires de la ville.

"Qu'il quitte le pouvoir. Ce n'est pas une dynastie. Nous ne sommes pas dans un royaume", a hurlé un manifestant en visant Ali Bongo, fils du président Omar Bongo Ondimba resté pendant 41 ans au pouvoir jusqu'à sa mort et l'élection de son fils en 2009.

Des troubles ont également éclaté à Port-Gentil, la capitale économique du pays où des violences avaient déjà marqué la première élection d'Ali Bongo en 2009.


L'Assemblée nationale incendiée à Libreville par des manifestants 

L'Assemblée nationale du Gabon à Libreville était en flammes mercredi soir après avoir été incendiée par des manifestants descendus dans la rue à l'annonce de la réélection du président Ali Bongo Ondimba, selon plusieurs témoins.

"Tout le bâtiment est en train de prendre feu", a indiqué à l'AFP Yannick, présent sur les lieux. Un panache rouge et noir se dégageait dans la nuit au-dessus du palais Léon-Mba, selon des journalistes de l'AFP qui se trouvaient à distance.


La France demande la publication des résultats de tous les bureaux de vote

La France a demandé mercredi la publication des résultats de tous les bureaux de vote du Gabon après l'annonce de la réélection du président Ali Bongo Ondimba, contestée par son rival Jean Ping et qui a déclenché des émeutes à Libreville. "Les conditions de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle au Gabon sont une source de préoccupation. La France réitère son souci de transparence. Nous estimons nécessaire que les résultats de tous les bureaux de vote soient publiés", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault.

Un peu plus tôt, la chef de la diplomatie de l'UE, Fédérica Mogherini, avait aussi appelé à "publier les résultats par bureau de vote" et non au niveau national.

Des émeutes ont éclaté entre forces de l'ordre et manifestants criant "Ali doit partir" dès l'annonce mercredi de la réélection du président devant l'opposant Jean Ping, qui s'est autoproclamé vainqueur en accusant le pouvoir de fraude.

"La France demande aux acteurs gabonais d'inscrire leur action dans le cadre de la loi et de récuser toute forme d'intimidation ou de confrontation", a insisté Jean-Marc Ayrault.

"La contestation des résultats doit se faire selon les voies juridictionnelles. L'examen des recours devra être impartial et dédié à l'établissement incontestable de la sincérité du scrutin", a souligné le chef de la diplomatie française.

Selon les résultats officiels, le chef de l'Etat sortant a remporté la présidentielle de samedi avec 49,80% des suffrages devant M. Ping (48,23%), ex-cacique du régime du défunt Omar Bongo, père de l'actuel chef de l'Etat. Il devance ainsi son rival de 5.594 voix, sur un total de 627.805 inscrits. L'opposition conteste ces chiffres et a demandé en vain un comptage des voix bureau de vote par bureau de vote.