L’ancien chef des Verts a, une seconde fois, remporté l’élection présidentielle.

Décidément, l’extrême droite ne passera pas en Autriche. Alexander Van der Bellen, un professeur d’université de 72 ans, ancien chef de file des Verts, a gagné hier les élections présidentielles. Il est sans doute le premier président d’Europe élu à deux reprises la même année ! Sa victoire, d’une courte tête le 22 mai dernier, avait été invalidée au printemps en raison d’irrégularités. Il a battu sèchement son rival Norbert Hofer, candidat du FPÖ, l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe.

Les Autrichiens ont-ils eu peur d’élire un populiste à la Donald Trump ? Ont-ils craint de voir leur pays sortir de l’Europe, comme les Britanniques, le candidat du FPÖ ayant évoqué à maintes reprises la possibilité d’un référendum du même acabit ?

"Van der Bellen est apparu comme un vieux gentleman sympathique", explique le politologue Peter Hajek. "Son calme, son équilibre, sa modestie, ainsi que son programme, ont plu aux Autrichiens. Il a clairement une stature d’homme d’Etat que Norbert Hofer n’avait pas", analyse Johannes Pollak, professeur de sciences politiques à l’université de Vienne.

Reste à savoir s’il s’agit d’un vote d’adhésion à Van der Bellen, ou plutôt d’un vote de rejet contre son rival. Selon les sondages sortie des urnes, le 22 mai, 48 % des électeurs d’Alexander Van der Bellen s’étaient d’abord prononcés contre Norbert Hofer. L’écologiste le savait pertinemment, et a appelé récemment à voter pour lui "tous ceux qui ne m’aiment pas, mais qui aiment peut-être encore moins Hofer".

Pas un dictateur vert

Dans tous les cas, l’ancien chef de file des Verts semble avoir réussi à mobiliser ses électeurs du premier tour, à amener aux urnes des milliers d’abstentionnistes, mais aussi à convaincre les électeurs conservateurs qu’il n’est pas un "dictateur vert" ni un fieffé "communiste", comme l’a volontiers surnommé Hofer, qui l’a même accusé lors du dernier débat télévisé d’avoir été un espion pendant la guerre froide pour l’Union soviétique.

La victoire d’Alexander Van der Bellen révèle aussi que la stratégie de dédiabolisation du FPÖ, un parti fondé par d’anciens nazis, a en partie échoué. Une anecdote : Norbert Hofer a renoncé à arborer un bleuet à la boutonnière, une fleur considérée comme un signe de ralliement des nostalgiques du nazisme. Mais les photos de lui avec les pétales au revers de la veste au Parlement circulent sur les réseaux sociaux. Et la christianisation de la campagne voulue par Norbert Hofer - ses affiches portaient la mention "Avec l’aide de Dieu" - a visiblement déplu, et pas seulement aux évêques qui se sont insurgés contre l’instrumentalisation de Dieu à des fins politiques.

Les Autrichiens envoient aussi un signal fort : "Ils ne veulent pas d’un président qui interfère au quotidien dans les affaires publiques comme Hofer menaçait de le faire", poursuit Johannes Pollak. De fait, Hofer avait affirmé, sur un ton goguenard, que les Autrichiens seraient "étonnés" de voir l’étendue des pouvoirs dont il entendait user une fois élu président.

Un chancelier issu FPÖ ?

Certains politologues pensent que la victoire d’Alexander Van der Bellen augmente les chances du FPÖ en vue des législatives de 2018, car les Autrichiens voudront rétablir une forme d’équilibre entre les forces politiques comme ils ont coutume de le faire. Sur son profil Facebook, Heinz-Christian Strache, le chef du FPÖ et véritable homme fort du parti, a mis récemment une photo de lui tout sourire, le pouce levé, sous-titrée : "Chancelier".