Reportage Envoyé spécial à Phoenix (Arizona)

Le phénix qui renaît de ses cendres, c’est indéniablement Rick Santorum, l’ancien sénateur catholique de Pennsylvanie, qu’on croyait politiquement fini après sa cuisante défaite aux législatives de 2006, et qui a brusquement ravi la vedette à des concurrents autrement plus chevronnés dans la course à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine du 6 novembre.

Mais ici, à Phoenix, l’immense métropole surgie du désert pour devenir la capitale du 48e Etat de l’Union (le dernier à rallier la fédération avant l’Alaska et Hawaï), l’homme dont beaucoup attendent la renaissance, c’est Mitt Romney, l’ex-gouverneur mormon du Massachusetts, qui espère se refaire une santé électorale, après un sérieux passage à vide, à la faveur des primaires organisées ce mardi en Arizona et dans le Michigan.

Les derniers sondages montrent, par leurs résultats contradictoires, que les deux hommes sont au coude à coude (les deux autres prétendants, Newt Gingrich et Ron Paul, n’ont pas fait campagne et sont loin derrière). Paradoxalement, c’est dans le Michigan, l’Etat où il est né et dont son père fut gouverneur, que Mitt Romney semble le plus menacé. Au royaume de l’automobile, dont les lieux saints sont à Detroit, on ne pardonne pas au candidat de s’être opposé au plan de sauvetage du gouvernement. Barack Obama ne s’est d’ailleurs pas privé de rappeler, dans des spots publicitaires, à qui l’industrie automobile devait son salut - la campagne pour l’élection présidentielle a déjà commencé

En Arizona, les chances de Mitt Romney paraissent meilleures. Le milliardaire a investi ici une bonne part de son trésor de guerre et a eu la bonne idée de commencer tôt, de sorte que des centaines de milliers de votes anticipés par correspondance sont déjà engrangés. Ils devraient en toute logique lui être majoritairement favorables.

L’ancien gouverneur jouit aussi du soutien des barons locaux du Parti républicain. L’éternel sénateur de l’Arizona John McCain est depuis longtemps derrière Romney (qui fut son rival malchanceux en 2008). Le plus grand quotidien de l’Etat, "The Arizona Republic", appelle à voter pour lui. Et dimanche, mettant fin à des spéculations qui révèlent les divisions dans les rangs conservateurs, c’est le gouverneur de l’Etat, Jan Brewer, qui a jeté son dévolu sur lui.

L’appui de Mme Brewer est, toutefois, une arme à double tranchant dans la mesure où celle qui succéda au gouverneur Janet Napolitano quand Barack Obama en fit son secrétaire à la Sécurité intérieure, a une réputation d’extrême dureté sur la question ultrasensible ici de l’immigration. Auteur d’un livre éloquemment intitulé "Scorpions for Breakfast. My Fight Against Special Interests, Liberal Media, and Cynical Politicos to Secure America’s Border" ("Des scorpions pour le petit-déjeuner. Mon combat contre les intérêts particuliers, les médias libéraux et les politiciens cyniques, pour défendre les frontières de l’Amérique"), elle s’est faite la championne d’une loi qui permet aux forces de l’ordre de contrôler toute personne ayant l’air d’être un immigrant illégal.

Dans un pays où la carte d’identité n’existe pas et où la liberté individuelle ne peut guère souffrir de limites, la loi est à l’origine d’une vive controverse et est contestée devant les tribunaux. Pour Mitt Romney, le risque est de s’aliéner le vote hispanique, qui pèse de plus en plus lourd, en particulier dans le Sud-Ouest, mais aussi le soutien d’une partie du monde des affaires qui, en appréciant la perspective d’embaucher une main-d’œuvre moins chère, est favorable à la régularisation au moins partielle des immigrants clandestins. George W. Bush, quand il était président, et John McCain, quand il briguait l’investiture du Parti républicain, avaient déjà été confrontés à la difficulté de concilier réalisme économique et fermeté sur l’immigration.

Quoi qu’il en soit, les deux scrutins de ce mardi seront d’une cruciale importance pour la suite des primaires, bien que, en termes de stricte arithmétique électorale, les 29 délégués de l’Arizona et les 30 délégués du Michigan soient toujours loin de rapprocher aucun des concurrents de la barre des 1 144 nécessaires pour enlever la nomination du Parti. Si Mitt Romney perd dans le Michigan, le camouflet sera cinglant, et s’il perd aussi en Arizona, il cessera d’incarner le candidat naturel qu’il campait au début des primaires.

En revanche, s’il limite la casse en gagnant en Arizona, ou, a fortiori, s’il remporte les deux épreuves de vérité, Romney sera solidement remis en selle et entamera en conquérant la dernière ligne droite avant le "Super-Mardi" du 6 mars. " Il n’est pas encore sorti d’affaire, mais les choses se présentent mieux pour lui ", prédit Jennifer Duffy, du "Cook Political Report".

Et sans doute le candidat n’est-il pas insensible aux leçons de l’Histoire. Ses coreligionnaires mormons ont joué un rôle clé dans la guerre de 1846 contre le Mexique qui devait faire de l’Arizona un territoire américain.