Il est passé minuit, ce dimanche soir, quand la totalité des 10.228 bureaux de vote a été dépouillée; Fillon est à 66,5% des suffrages. Assumant un programme économique "radical" et "ses valeurs" sur les questions sociales, l'ancien Premier s'est imposé comme le favori des électeurs de la droite française, après avoir été longtemps cantonné aux seconds rôles. L'homme, austère et peu friand des caméras, a concédé jeudi soir avoir un seul "regret" dans la campagne de cette primaire: "ne pas avoir convaincu plus tôt".

Un aveu mâtiné d'arrogance qui résume le chemin parcouru par ce conservateur discret, qui a dirigé le gouvernement de 2007 à 2012 dans l'ombre de son "hyper-président" Nicolas Sarkozy.

A 62 ans, François Fillon a créé la surprise en s'imposant largement en tête dans une primaire qui s'annonçait comme un duel entre son ancien "patron" et l'ancien Premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

La riposte n'a pas tardé. Dans un entre-deux-tours tendu, il a été attaqué sur tous les fronts par son rival - sur sa conception peu progressiste, voire traditionaliste, de la société ou la "brutalité" de son programme "ultra-libéral".

Cet homme qui se dit "inénervable" a gardé "le cap" et la "tête froide". "Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs", a-t-il lancé. "Je suis gaulliste, de droite, voilà tout. Il n'y a aucune raison de marcher à l'ombre."

Lui qui, en 2007, se disait déjà à la tête d'un "Etat en situation de faillite" propose une cure de choc pour le pays: suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail par semaine, etc. Il s'amuse du qualificatif de "thatchérien" qu'on lui colle "comme on peignait, au Moyen-Age, des croix sur les portes des lépreux".

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, ce conservateur qui revendique sa foi catholique a également promis d'amender la loi ouvrant le mariage aux homosexuels sur la question de l'adoption. Il veut aussi remettre la famille "au coeur de toutes les politiques publiques".

Refusant d'être "caricaturé en conservateur moyenâgeux", François Fillon a dû préciser que, même s'il n'est pas favorable à l'avortement à titre personnel, il n'entend pas remettre en cause le droit des Françaises à y avoir recours. "Ma conscience, elle me regarde", a-t-il dit.

Après son élimination, Nicolas Sarkozy lui a apporté son soutien. Car s'ils divergent sur le style -l'un cultive une image de sérieux, de rigueur et d'honnêteté, l'autre joue sur l'énergie jusqu'à l'outrance-, tous deux se situent sur le créneau de la droite autoritaire.

François Fillon refuse une vision multiculturaliste de la France. Auteur du livre "Vaincre le totalitarisme islamique", il propose de déchoir de leur nationalité les Français qui s'engagent dans les rangs djihadistes. "S'ils sont apatrides, cela ne m'empêchera pas de dormir", a-t-il lancé, indifférent au droit international.

Autre aspérité: François Fillon souhaite discuter davantage avec Moscou, estimant que son isolement conduit le Kremlin à "se durcir, à s'isoler, à actionner les réflexes nationalistes". Il veut aussi associer l'Iran aux discussions en vue de trouver une issue à la guerre en Syrie. Mais il ne veut pas pour autant renoncer à l'"alliance" de la France avec les Etats-Unis. Le président Vladimir Poutine a loué ses qualités de "grand professionnel".

Passionné de courses automobiles, ce fils de notaire diplômé en droit public, est entré en politique en 1976, en devenant assistant parlementaire d'un député. A la mort de celui-ci, quatre ans plus tard, il reprend sa circonscription et devient, à 27 ans, le plus jeune élu de l'Assemblée nationale.

Il sera ensuite plusieurs fois réélu dans son fief rural de la Sarthe (ouest) et prend peu à peu du galon dans son parti. De 1993 à 2005, il a été de tous les gouvernements de droite, à l'Enseignement supérieur, à l'Education et aux Affaires sociales.

Quand Nicolas Sarkozy échoue à se faire réélire en 2012, il tente de prendre les rênes de l'UMP, mais son rival Jean-François Copé est déclaré vainqueur sur fond d'accusations de tricherie. Il envisage un temps d'entrer en dissidence, avant de finalement rentrer dans le rang.

Revivez notre direct

  • 20h58

Fillon affiche désormais un résultat de 68,0% pour 6.278 bureaux comptabilisés.


  • 20h53

A plus de la moitié des bureaux dépouillés, la vague Fillon se confirme (68,2% pour 5.829 bureaux sur 10.228).

Pour Ruth Elkrief, Fillon est le David Cameron français (ultra-libéralisme économique et conservatisme sociétal).


  • 20h50

Nicolas Sarkozy félicite François Fillon et appelle au "rassemblement" des Républicains.



  • 20h48

Valérie Pécresse, qui soutenait Alain Juppé, souhaite bonne chance à François Fillon. Alain Juppé a quitté son QG.


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  • 20h42

Pour Benoit Hamon, député des Yvelines, c'est une "victoire sans discussion" pour le candidat vainqueur qui est désormais à 68,5% (4.714 bureuax dépouillés).


© BFM


  • 20h35

Sur 4.156 bureaux dépouillés, Fillon est à 68,6%.


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  • 20h33

Nouvelle estimation, cette fois-ci avec 3.565 bureaux dépouillés: Fillon est à 68,7%.

  • 20h21

PREMIERS RESULTATS PARTIELS : Sur 2.121 bureaux dépouillés, Fillon est à 69,5% et Juppé à 30,5% des voix.

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Rappelons qu'il y a 10.228 bureaux.

  • 20h20

Thierry Solère, organisateur de la primaire, va annoncer les premiers résultats partiels.

  • 20h15

Selon Le Point, François Fillon serait fort du soutien de 70% des électeurs en Normandie.

  • 20h07

Fillon est arrivé à son QG. Il s'est garé non loin de là, en face de la Maison de la Chimie.




En Bretagne, les résultats sont particulièrement peu serrés.



  • 20h02

Au tour de François Fillon de se diriger vers son QG, où l'ambiance est survoltée. Au QG d'Alain Juppé, les supporters gardent le calme.


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  • 19h58

Alain Juppé quitte son domicile avec plus d'une heure de retard.


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  • 19h55

Un correspondant du Figaro à Bordeaux note la remontée de Fillon dans le département.


  • 19h52

Chez Alain Juppé, on parle de "rassemblement".

Pierre-Yves Bournazel, le porte-parole d'Alain Juppé, a salué la "bonne ambiance" sur iTélé. "Il faudra rassembler derrière le candidat. (...) Il faut rassembler ceux qui souhaitent l'alternance avec la gauche".

  • 19h40

Frigide Barjot arrive au QG de François Fillon. Les premières estimations tombent.





  • 19h30

Selon nos informations, François Fillon serait vainqueur à plus de 60%. Attention, ces sondages ne concernent pas les dépouillements à proprement dit.


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  • 19h15

Le profil des votants est connu.


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  • 19 heures


Les bureaux de vote ferment leurs portes sur une participation record de 4,2 à 4,6 millions de Français. Le premier tour avait, lui, rassemblé 4,2 millions de votants.

17 millions de personnes, sympathisantes des Républicains, ont été nécessaires à organiser la tenue de cette journée de vote.

"La primaire, ça marche"

Vainqueur surprise du premier tour, François Fillon, 62 ans, affiche un programme très libéral en économie et conservateur sur les questions de société. Il est partisan d'une thérapie de choc aux accents thatchériens pour "désétatiser" la France.

Alain Juppé, 71 ans, plus modéré, plaide pour des "réformes profondes" mais "sans brutalité". Pour lui "l'identité de la France, c'est d'abord la diversité", quand son adversaire réfute l'idée d'un pays multiculturel.

Les derniers sondages prédisent la victoire du premier avec 61% des suffrages contre 39% à Alain Juppé.

Soucieux de s'épargner les longues files d'attente du premier tour, de nombreux électeurs sont arrivés dès l'ouverture des bureaux de vote à 07H00 GMT pour participer à cette première primaire jamais organisée par la droite, qui a passionné les Français.

A Bordeaux, grande ville du sud-ouest dont Alain Juppé est le maire, Gaétan, longtemps "indécis" a finalement opté pour le favori. "Je préfère Juppé sur les questions de société et Fillon pour l'économie. Finalement, c'est dur à dire, mais je préfère avoir un travail qu'autre chose", explique cet étudiant en alternance de 22 ans.


Ingénieur à Lille (nord), Antoine, 37 ans, a lui voté Juppé "pour tempérer le caractère sociétal trop à droite de Fillon".

Ouverte à tous, moyennant une participation de deux euros, cette primaire a mobilisé bien au delà des rangs de la droite et du centre. Quelque 4,3 millions de personnes - dont 15% de sympathisants de gauche - ont participé au premier tour dimanche dernier et plus de 8 millions de téléspectateurs ont suivi l'ultime débat télévisé entre les deux hommes jeudi soir.

Car l'enjeu est majeur. Face à une gauche plus divisée que jamais, celui qui portera les couleurs de la droite a de fortes chances de figurer dans six mois au second tour de la présidentielle, avec la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. A en croire les sondeurs aujourd'hui, il l'emporterait face à cette dernière.

Guerre froide à gauche

Le premier tour a été marqué par la victoire inattendue de François Fillon, longtemps considéré comme un outsider mais arrivé largement en tête avec plus de 44% des suffrages. A l'issue d'une spectaculaire remontée, M. Fillon est venu bousculer un duel annoncé de longue date entre l'ex-président Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.


Ce dernier est arrivé loin derrière (28%) alors qu'il avait fait la course en tête pendant des mois dans les sondages. Et Nicolas Sarkozy, 61 ans, a été éliminé sans appel.

L'ex-chef de l'Etat, qui a été l'un des premiers à voter dimanche, a apporté son soutien à François Fillon.

Largement distancé, le maire de Bordeaux a tenté de refaire son retard entre les deux tours, dénonçant le programme "brutal" de son rival en référence à sa promesse de supprimer un demi-million de postes de fonctionnaires en cinq ans.

Il a aussi taclé en François Fillon un "traditionaliste", qui a émis des réserves personnelles sur l'avortement compte tenu de sa foi catholique et bénéficie de soutiens d'opposants au mariage gay.

"C'est vrai que mon projet est plus radical, peut-être plus difficile", a rétorqué M. Fillon, accusant en retour Alain Juppé de ne "pas vouloir vraiment changer les choses".

L'épilogue de cette primaire devrait lancer définitivement les hostilités pour l'élection présidentielle.

Le camp socialiste, suspendu à une décision du président François Hollande de se représenter ou pas - il doit se déterminer d'ici le 15 décembre -, prévoit de son côté une primaire en janvier.

Très impopulaire, le président socialiste est depuis plusieurs jours en guerre froide avec son Premier ministre Manuel Valls, qui se verrait bien porter les couleurs de la gauche à la présidentielle.

Dans un entretien au Journal du dimanche, M. Valls n'exclut pas d'être candidat face au président sortant, expliquant vouloir "casser cette mécanique qui conduirait (la gauche) à la défaite".