« Le vrai duel de la primaire se situe entre l'ancien régime et le renouveau », déclarait Bruno Le Maire au micro d'Europe 1 début octobre.

Le premier de la classe, celui qui veut toujours mieux faire que les autres, a présenté au peuple français son « contrat présidentiel » : une Bible de 1012 pages destinée à expliquer, à tous les électeurs, ses projets pour 2017.

Ce contrat, élaboré pendant 4 ans par 400 personnes, fruit de discussions avec des milliers de Français, est une promesse. La promesse du renouveau. L'outsider de la primaire veut convaincre les citoyens qu'il se présente pour le changement et pour guider une grande démocratie, qu'il ne considère plus capable de se renouveler.

Dans son programme, Bruno Le Maire commence par exposer un projet de loi référendaire proposant une transformation du pays. Le referendum sera soumis au peuple français dès le début du mandat, le 18 juin 2017. Pour le candidat, cette concertation est une manière de réformer le monopole de la classe politique en s'opposant à une technocratie qu'il considère dépassée. « On ne peut pas avoir une seule intelligence qui dirige le pays » clame-t-il, lui, l'énarque issu de la bourgeoisie parisienne. Ce conservateur contemporain, né dans une famille catholique, « austère et coincée » , veut casser tous les codes et « mettre fin à la nomenclatura politique ». C'est pourquoi il propose une réduction du nombre de parlementaires, une limitation des mandats et la transparence du casier judiciaire pour tout candidat à une élection. Le renouveau tant annoncé commence donc par la classe politique.

Faire tout, tout de suite

L'ancien ministre de l'Agriculture, qui a encore du mal à se faire une place parmi les fauves assoiffés de pouvoir, annonce sa volonté de gouverner par ordonnance. La détermination qui l'anime est grande. Et sa confiance en lui, inébranlable. Dès l'été 2017, huit ordonnances seront exécutées, sans passer par le traditionnel processus parlementaire. Le député de l'Eure refuse d'imiter ses prédécesseurs qui n'ont pas respecté leurs engagements. La déception, Bruno Le Maire en a fait l'expérience avec Nicolas Sarkozy qui lui avait promis le ministère de l’Économie et des Finances avant de finalement le reléguer au Budget. Les promesses non tenues, il n'en veut plus !

Les réformes sont nombreuses et drastiques dans le contrat présidentiel. Le villepiniste affirme sa position libérale en matière d'emploi avec une réforme des modalités de recrutement, une sécurisation du CDI et une diminution des charges patronales. S'il a beaucoup de désaccords avec Sarkozy, son rival de toujours, les deux hommes ont néanmoins des points communs, tels que l'adaptation du temps de travail à la compétitivité des entreprises et par conséquent la sortie des 35 heures hebdomadaires légales. Les deux candidats prévoient aussi une augmentation de l'âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans d'ici 2024 mais Bruno Le Maire se différencie avec sa volonté d'effectuer ce changement par pallier de cinq mois.

L'homme politique, présenté comme le plus à gauche de la droite, surprend, et parfois fâche, avec sa proposition de modernisation du dialogue social. Il désire en effet renouveler les institutions représentatives du personnel, pour laisser plus de place aux voix des travailleurs. Cette réforme a été largement contestée par la syndicaliste Ghislaine Joachim-Arnaud sur le plateau l'Émission politique, dont la phrase devenue culte « Tout ca, c'est du pipi de chat », a provoqué beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux.

S'il rejoint ses adversaires sur la réforme de l'assurance chômage en introduisant une dégressivité de l'indemnisation, Bruno Le Maire se distingue en proposant une privatisation partielle de Pôle emploi. Malgré les nombreuses critiques, il soutient également sa volonté de créer des « emplois rebonds » : 20h/semaine payées 5 euros de l'heure « pour permettre aux demandeurs d'emploi de retrouver le goût du travail ».

S'agissant de fiscalité, le projet présidentiel ne prévoit aucune augmentation de la TVA. Au contraire, il promet même une diminution de la pression fiscale par la baisse de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) de 6 % afin d'augmenter le salaire net des Français. D'après lui, cela représenterait une augmentation de 250 euros par an au niveau du SMIC.

Habituellement très modéré sur les réformes sociétales, Le Maire prend néanmoins position sur la sécurité d'État. Il veut avant tout instaurer une justice d'exception pour les terroristes et expulser les « fichés S » radicalisés de nationalité étrangère. « Nous mènerons une politique de 'tolérance zéro' en matière de sécurité et de justice », déclare-t-il. C'est pourquoi il entend sanctionner plus sévèrement certains délits et améliorer l'exécution des peines en créant 10 000 places de prison supplémentaires.

Le candidat réclame également la mise en place d'un contrôle des flux migratoires. À cette fin, il demande entre autres un durcissement des conditions de regroupement familial ainsi qu'un vote parlementaire annuel concernant la délivrance des titres de séjour.

Et après ?

À ces huit ordonnances, s'ajoutent douze chantiers prioritaires. Au programme : réaffirmation de l'autorité de l'État, réduction des dépenses publiques, baisse des impôts, amélioration du système de soin, défense de la culture, et bien d'autres. Ces réformes, moins urgentes, seront exécutées pendant toute la durée du quinquennat. Chacune d'entre elles fait l'objet de nombreuses explications détaillées et chiffrées recouvrant plusieurs pages. Comme François Fillon, Bruno Le Maire mise sur sa crédibilité grâce à un programme très abouti.

Pour mener à bien tous ces projets, le candidat s'engage à réaliser 80 milliards d'euros d'économie durant le quinquennat, grâce à un amaigrissement de l'État. D'après lui, près de 700 000 fonctionnaires partiront à la retraite. Il s'agit donc de supprimer 280 000 emplois publics et l'ensemble des contrats aidés, à l'exception des contrats pour les handicapés.

Bruno Le Maire, sûr de lui et ambitieux, ne se dit pas très inquiet quant à sa victoire. Ce programme minutieux suffira-t-il à asseoir sa notoriété, le talon d’Achille du candidat que personne n'avait vu venir ? Le rebelle des beaux quartiers veut convaincre et pour ça, il est prêt à tout. Sa confiance en lui le porte depuis le début de la campagne. Peut-être le poussera-t-elle aux portes de l'Elysée.