Discret et calme, François Fillon est toujours resté loin des plateaux télévisés et de la cohue médiatique. Il est pourtant aujourd'hui contraint de laisser sa pudeur de côté et de se mettre en avant, pour présenter sa candidature aux primaires de la droite et du centre. La campagne présidentielle est, pour cet homme réservé, un dévoilement. La nécessité de tout donner aux Français et d'aller à leur rencontre. Pour ce passionné d'automobile, commence le sprint final pour accéder au seul poste qu'il n'a jamais occupé : la présidence.

C'est au bout de 35 ans de vie politique, après avoir été assistant parlementaire, député de la Sarthe, président du conseil général de la Sarthe, sénateur, ministre, et finalement Premier ministre, que François Fillon se présente une dernière fois au suffrage universel pour exercer la plus haute fonction de l'État.

Le candidat a passé ces trois dernières années à sillonner la France à la rencontre des citoyens, pour peaufiner un programme très pointilleux. Ses propositions très libérales, parfois même radicales, tant au niveau sociétal que pour sa politique économique, sont totalement assumées par ce conservateur catholique qui se revendique « homme de droite ».

Son épouse confiait à Paris Match, en septembre 2015, que son mari préférait « passer pour un terne que de passer pour un illusionniste » et refusait de promettre ce qu'il ne pourrait pas réaliser. C'est pourquoi François Fillon se présente face au peuple, avec un programme dans lequel il propose 15 mesures phares, convaincu qu'il est le seul à pouvoir faire la différence.

Une économie libérale

La détermination de cet homme, souvent décrit comme grave et un peu coincé, en a déstabilisé plus d'un lors du premier débat télévisé. François Fillon s'affirme dans une politique très à droite et assumée, qu'il souhaite financer grâce à la réduction des dépenses publiques. Pendant le quinquennat, le candidat s'engage à réaliser 100 milliards d'euros d'économie grâce à la réduction de la taille de l'administration, avec 500 000 suppressions d'emplois de fonctionnaires. Il s'agit également d’accroître le temps de travail à 39 heures par semaine et de mener une réforme du régime de retraite afin de reculer l'âge de la pension à 65 ans. L’allongement du temps de travail est, selon lui, la seule solution pour renforcer le système social.

Cet homme rigide, qui souhaite redresser son pays, à l'image de Margaret Tatcher au Royaume-Uni, avance également la nécessité d'une réforme du marché du travail et la révision de la législation qui l'encadre. Les propositions du candidat incluent une suppression de la durée du travail légale pour aller vers des accords négociés au sein même des entreprises, la mise en place d'un licenciement facilité ainsi qu'une baisse des impôts de 40 milliards d'euros au bénéfice des sociétés. Le pragmatisme est sans doute le mot qui colle le mieux à la peau de cet homme de fer qui a l'ambition de libéraliser l'économie d'un pays qui sombre après 5 années sous le joug socialiste.

Dans un autre temps, pour lutter contre le chômage, il suggère une baisse des minimas sociaux afin de les faire revenir sous le seuil de la rémunération du travail. Il suggère donc la dégressivité des allocations de chômage, accompagnée d'un plafonnement à 75 % du salaire minimum (SMIC). La désocialisation de l'économie est, selon lui, le seul moyen de libérer le secteur privé. « J’ai une détermination froide pour relancer l'économie du pays », assume-t-il d'ailleurs.

En matière de fiscalité, François Fillon propose, entre autres, une hausse de la TVA de 2 points, qui sera, selon lui, facilement absorbée par la compétitivité. Pour compenser ces mesures, le candidat suggère néanmoins la suppression de la cotisation maladie pour les salariés, au profit d'une politique familiale beaucoup plus généreuse. Pour les ménages, il souhaite également procéder à 10 milliards d'allègements sociaux et fiscaux, ainsi qu'à la suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Des mesures drastiques donc, mais avec des compensations. L'objectif étant quand même de plaire au plus grand nombre.

Un conservatisme sociétal

Les mesures sécuritaires ont, elles aussi, une place centrale dans le programme de chacun des candidats. Le député de la Sarthe ne déroge pas à la règle en préconisant une augmentation de 12 milliards d'euros dans la sécurité, la défense et la justice, ainsi que la création de 16 000 places de prison pour l'exécution effective des condamnations.

Sur la question de l'islam, contrairement à Bruno Le Maire ou à Jean-François Copé, François Fillon souhaite laisser la liberté aux universités de choisir si elles acceptent ou non le port du voile dans leurs établissements. Il affirme néanmoins sa position en déclarant qu'il est inutile de revenir sur la liberté religieuse, car le problème est plus profond. Le débat découle de la montée de l'intégrisme, et c'est là qu'il faut combattre, plus que de prendre parti dans de tels débats. « Il faut soigner le mal à la racine », souligne le candidat, avant d'ajouter que s'il faut éviter les provocations, il fera voter une loi mais qu'il trouve ça « absurde ». D'après lui, le point essentiel est de lutter contre l'intégrisme, et cela passe aussi par l'interdiction des associations qui se réclament des Frères musulmans ou des salafistes, comme l'Union des Organisations Islamistes de France (UOIF), une mesure fortement contestée par la communauté musulmane.

En ce qui concerne le terrorisme, le candidat souhaite interdire le retour des Français partis combattre à l'étranger dans les rangs islamistes, et leur retirer la nationalité française de surcroît. Critiqué par Marc Trévidic dans l’Émission politique sur France 2, François Fillon affirme que cette mesure se veut être symbolique et dissuasive, et qu'elle ne concernerait qu'une infime partie de la population. Il ajoute que le plus important, aujourd'hui, est de développer les relations diplomatiques avec la Turquie afin qu'elle contrôle ses frontières et que la France puisse surveiller et juger tous ceux qui rentrent sur son territoire.

Sur un plan sociétal, les positions de l'homme politique sont très conservatrices. S'il n'entend pas revenir sur la loi Taubira, le candidat souhaite néanmoins réserver l'adoption plénière, rompant tout lien de filiation entre l'enfant et ses parents biologiques, et la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples hétérosexuels. Il souhaite également la suppression de la gestation pour autrui (GPA) pour tous les couples, qu'ils soient homosexuels ou hétérosexuels. Longuement critiqué par les partisans du Mariage Pour Tous, François Fillon reste sur ses positions et est déterminé. Il n'est pas question de changer de fusil d'épaule à la veille d'une élection présidentielle.

L'une des différences clés du candidat avec ses adversaires, est son rapport à la Russie. Il a d'ailleurs confié à "La Libre" que la Russie était un partenaire incontournable de l'Europe, mais qu'il y avait toujours eu une erreur de stratégie des Européens à considérer la Russie à la fois comme un adversaire, et comme un pays sous-développé. " On humilie les Russes, on les pousse dans les bras des plus extrémistes et des plus nationalistes et tout cela se retourne contre la sécurité de l'Europe." avait-il ajouté. 

Si les idées radicales de François Fillon ne plaisent pas à tous, il faut reconnaître qu'il reste droit dans ses bottes malgré les nombreuses critiques qui lui sont assénées. L'homme de droite, conservateur et rétrograde sur certains sujets sociaux, assume des positions qu'il défendra jusqu'au bout. Sa détermination et son honnêteté permettront, peut-être à cet homme qui n'a plus que l'ambition de la fonction présidentielle, d'acquérir la dernière corde manquante à son arc.