L'ancien Premier ministre Manuel Valls (31%), qui s'est lancé dans la course à l'investiture après le forfait de l'impopulaire président François Hollande, a été devancé par l'outsider issu de l'aile gauche du parti, Benoît Hamon (36%), très critique sur le bilan de ce quinquennat.

Déjà fort de sa première place, l'ancien ministre de l'Education a aussi pu compter sur le ralliement dès dimanche soir du chantre du "Made in France", Arnaud Montebourg, arrivé en troisième position avec 17,6% des voix.


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Hamon: "Les électeurs ont voté par conviction, et non par résignation"

C'est sur le coup de 21h30 que le grand vainqueur de la soirée a prononcé son discours. Benoit Hamon, qui a déjoué les pronostics en remportant 35% des suffrages, a "salué le choix des électeurs de gauche ". "Vous avez adressé un message clair de renouveau, d'écrire une page nouvelle de la gauche et de la France" , a-t-il déclaré, avant de saluer Arnaud Montebourg, dont "[il] partage beaucoup des combats et des valeurs ". Les autres candidats seront également salués, y compris Manuel Valls.


"Je tire la conviction des échanges nombreux que j'ai eus avec les Français qu'il faut en finir avec les vieilles recettes politiques, ces vieilles solutions qui ne marchent plus" , a-t-il poursuivi, en parlant de l'écologie (notamment dans les grandes villes). "Il faut changer de modèle de développement, placer la conversion écologique de notre économie en tête des priorités politiques, sauf à tolérer de laisser à nos enfants un monde de plus en plus imbuvable. (...) Je ferai de la transition écologique une priorité absolue."

Plus loin, il a évoqué son combat social, ainsi que la transition numérique, ou encore le droit du travail et des travailleurs. "Je vois dans ce résultat l'inspiration de nos citoyens, l'envie à maîtriser leur vie en pesant sur le destin de la Nation et leur destin personnel" , a dit M. Hamon. "C'est le sens de la VIe république que je défends. Là encore, elle sera au cœur de mon projet politique. Les électeurs ont voté par conviction, et non par résignation. Ils ont décidé de mettre les questions sociale et écologique au cœur d'un nouveau projet. Pas l'une ou l'autre, mais l'une avec l'autre."

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Valls voit une "défaite assurée" avec les promesses "irréalisables" d'Hamon

Très applaudi dans son QG, Manuel Valls a lui aussi pris la parole. "Face au scepticisme généralisé, face aux forces qui voulaient l'échec de cette primaire" , a d'abord dit le Premier ministre. "Pour le deuxième tour, rien n'est écrit. Je salue amicalement les autres candidats et je suis heureux, oui heureux, de me retrouver face à Benoît Hamon, car une nouvelle campagne commence. Un choix très clair se présente. Celui de la défaite assurée et la victoire possible. Entre les promesses irréalisables et infinançables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays. Gouverner est difficile, mais c'est aussi transformer le quotidien des gens. Je n'ai jamais opposé le cœur et la raison, les valeurs, celles de la gauche, de la République, de la France, et l'exercice des responsabilités."

Après cette charge contre son futur adversaire, M. Valls s'en est pris à ses opposants politiques. "Je refuse d'abandonner les Français à leur sort, à l'extrême-droite qui détruirait notre pays. À la droite de François Fillon, dure, libérale comme jamais et conservatrice. Face à l'Amérique de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine. Dans ce monde difficile, face à cette mondialisation qui ne fait aucun cadeau aux plus pauvres, aux plus faibles, je veux une Europe refondée, souveraine, qui pèse, se protège, nous protège, car je suis par mes origines (Ndlr: il est né à Barcelone) et mes convictions, profondément européen. Le redressement de la France passe par la refondation de l'Europe."


Sans surprise, Manuel Valls a abordé le volet de la sécurité, dont M. Hamon n'a quant à lui pas parlé. "Face à la menace terroriste, je veux continuer à donner des moyens à nos forces de l'ordre, à notre justice, à nos armées. Je veux affirmer l'ordre républicain, l'autorité de l'État. Face aux contestations, aux fractures, au communautarisme qui minent notre modèle républicain, je défendrai et incarnerai avec force la laïcité. Et je ne céderai aucun pouce de terrain sur ce sujet. Je défendrai la liberté, l'égalité, notamment entre les femmes et les hommes. Aucune femme ne peut être exclue d'un espace public. Je défendrai l'égalité salariale entre les hommes et les femmes. Je veux investir davantage dans la culture et l'école qui émancipent, je veux lutter contre les inégalités à l'école."

Plus loin, il a également rappelé sa croyance en une société du travail et surtout son opposition au revenu universel, qui coûterait bien trop à l'État, selon lui. "Ce n'est pas ma conception de la dignité, de la redistribution des richesses", a-t-il indiqué, tout en abordant les thèmes de la transition numérique et énergétique.

"Je veux une gauche forte, généreuse, réformiste. Vous avez le choix: accepter ou refuser la défaite. Accepter une gauche qui s'efface, spectatrice. Ou la refuser", a-t-il conclu, en exhortant une dernière fois les électeurs à se rendre aux urnes la semaine prochaine.

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Montebourg: "Le quinquennat condamné"

"Les électeurs ont parlé en nombre" , a dit Arnaud Montebourg, le troisième homme de cette élection. "Les électeurs ont massivement et sérieusement condamné le quinquennat, en refusant de donner à ceux qui ont mené sa politique d'austérité et des dérives libérales le quitus et le soutien qu'ils réclamaient. Entre 5 à 6 électeurs sur 10 ont voulu que la gauche retrouve le chemin de la gauche et interrompe sa dérive. Ils ont aussi refusé de considérer que l'avenir du pays se jouerait sur les questions d'identité et placé l'avenir du travail, du modèle social au centre de leurs intérêts" , a-t-il ajouté, tout en remerciant ceux qui avaient voté pour lui.


L'ancien ministre de l'Economie a recueilli 18% des voix et se classe troisième, derrière Benoît Hamon et Manuel Valls. "Je souhaite bonne chance à Benoît Hamon et l'assure de mon soutien dans les épreuves qu'il aura à vivre" , a-t-il conclu depuis son QG. Une prise de position sans surprise pour les eux frondeurs, qui avaient quitté le gouvernement en même temps, comme l'a rappelé M. Montebourg dans son discours.

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Peillon: "Le rassemblement doit être le plus fort possible"

Arrivé 4e de la primaire, Vincent Peillon s'est lui aussi exprimé. L'ex-ministre de l'Education est revenu sur les difficultés qui ont émaillé sa campagne. Il a également salué Sylvia Pinel, "concurrente et amie" , ainsi que ses collaborateurs. "Je veux féliciter les finalistes et adresser une pensée amicale et toute particulière à Arnaud Montebourg, dont j'ai toujours pensé que l'engagement politique et le courage étaient notables. J'imagine sa surprise, pas dans le bon sens, et sa déception."

"En ce qui me concerne, j'appelle les électeurs et électrices de gauche à amplifier leur participation" , a-t-il enchaîné, reconnaissant que le succès de la primaire avait été "moyen". "Il faut permettre à la gauche, au candidat du Parti socialiste, d'être le plus fort possible. (...) Il faut que le rassemblement, dont j'ai fait le talisman de ma campagne, soit le plus fort possible, de telle sorte qu'il puisse battre la droite de revanche, de dureté sociale de François Fillon. Une droite qui s'attaque au pouvoir d'achat des plus faibles, qui remet en cause des fondements sociaux. Je veux que l'extrême-droite nationaliste de Madame Le Pen soit déjouée."

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Un premier tour "réussi" pour Cambadélis

"Nous avons réussi le premier tour" de la primaire organisée par le PS, a salué dimanche Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti, appelant à voter "massivement" au second tour dimanche prochain. Le dirigeant du PS s'est exprimé à 20H00 au siège du PS, rue de Solférino à Paris, sans donner de résultats.

"Nous avons réussi le premier tour de la primaire", s'est félicité le premier secrétaire du PS, affirmant que la participation à ce scrutin était "dans l'épure que nous avions fixée", soit au-delà d'1,5 million de votants. "Merci pour votre résistance à l'air du temps" qui prévoyait une mauvaise participation à ce scrutin", a lancé M. Cambadélis aux sympathisants de gauche.

"Je vous invite à participer massivement au second tour" dimanche prochain, a ajouté le député de Paris dans une assez brève déclaration. "Je suis persuadé que l'exercice démocratique tiendra la gauche debout. Je suis persuadé qu'un nouvel alliage est en train de naître, scellé par le vote du jour", a aussi assuré M. Cambadélis.

"Je suis persuadé que l'élection présidentielle n'est pas jouée", a encore affirmé le premier secrétaire du PS.