Procès Berlusconi: le jugement des femmes

International

Valérie Dupont

Publié le - Mis à jour le

Procès Berlusconi: le jugement des femmes
© D.R.

Au pays où le conflit d’intérêt est roi, la Bourse de Milan a rendu sa sentence avant même d’entendre celle de la justice. Quelques minutes après l’annonce de l’inculpation officielle de Silvio Berlusconi et de l’ouverture de son procès en procédure accélérée le 6 avril prochain, le cours des actions du groupe audiovisuel Mediaset, appartenant à la famille Berlusconi, chutait brutalement, perdant 1,7 %. Signe évident que le Président du Conseil se trouve cette fois dans de sales draps. Car si Silvio Berlusconi aime sortir du lot, il n’apprécie sûrement pas se voir attribuer le titre d’unique Premier ministre au monde à être traîné devant la justice pour avoir utilisé les services de "Ruby la voleuse de cœur", la prostituée marocaine âgée de 17 ans au moment des faits et surtout pour avoir tenté d’étouffer l’affaire.

Dans ses motivations, le juge ou plutôt "la" juge n’a pas lésiné. Estimant que l’évidence de la preuve et la connexion des faits reprochés ne font aucun doute, et justifiant ainsi le renvoi en procédure immédiate sans suivre les arguments de la défense du "Cavaliere" qui dénonce "une cabale politique, un coup d’état !".

Ses avocats ont déclaré immédiatement : "Nous ne nous attendions pas à autre chose !" Les hommes et les femmes du Président sont montés en première ligne : "pour dénoncer ces magistrats qui veulent se substituer à la volonté populaire".

Pier Luigi Bersani, le chef de l’opposition a, lui, saisi la balle au bond : "Nous ne nous occupons pas des faits reprochés à Berlusconi, car cela est le travail de la magistrature, nous ne nous occupons pas des péchés car pour cela il y a l’Eglise, mais nous nous préoccupons de l’Italie et nous ne voulons pas que le pays parte à la dérive, voilà pourquoi nous demandons des élections anticipées et la démission de Silvio Berlusconi."

En fin de matinée, le Président du Conseil a déserté la conférence de presse où il était attendu en Sicile. Rentré à Rome, il s’est enfermé dans son palais privé entouré de ses avocats. Il nie avoir eu une liaison sexuelle avec cette jeune Ruby même s’il admet lui avoir donné de l’argent. Elle-même a déclaré n’avoir participé qu’à des dîners "tout à fait normaux" et non aux séances de "bunga bunga", ces orgies organisées dans les sous-sols de la villa de Silvio Berlusconi. Des écoutes téléphoniques pourraient prouver le contraire.

Concernant les soupçons de pression sur la police, et l’inculpation pour abus de pouvoir, la défense de Silvio Berlusconi ne change pas d’une virgule. Si le Président du Conseil est intervenu dans la libération de Ruby, c’est parce qu’il était convaincu qu’elle était la nièce d’Hosni Moubarak et qu’il voulait préserver les bonnes relations avec l’Egypte. Il a donc téléphoné en qualité de Premier ministre et n’a donc commis aucun abus de pouvoir. Il semble que le juge n’a pas cru en cet élément de défense, estimant peut-être que pour régler ce genre de problème, un Premier ministre devrait en premier lieu s’adresser à l’ambassadeur du pays concerné avant de payer de sa personne.

Mais le "Cavaliere" a encore quelques cartes en mains. Silvio Berlusconi pourrait décider de ne pas se rendre au tribunal le 6 avril prochain, il pourrait également évoquer des empêchements liés à sa fonction ministérielle. Ses avocats qui sont également députés, tenteront sans aucun doute de faire voter par le Parlement une motion pour déclarer le tribunal pénal de Milan incompétent et renvoyer l’accusation d’abus de pouvoir au tribunal des ministres.

En ce qui concerne l’inculpation pour avoir payé une mineure d’âge contre des relations sexuelles, cela ne fait aucun doute, le tribunal de Milan s’en occupera dès le 6 avril prochain comme l’a décidé la juge des enquêtes préliminaires Cristina Di Censo.

Ironie de l’histoire, ce seront trois femmes, trois magistrates qui présideront le tribunal et jugeront le citoyen Berlusconi.

Dans un bar à Rome, on ne parle évidemment que de cela. Un vieux monsieur dit en souriant : "Al Capone, le plus grand bandit d’Amérique s’est fait attraper finalement pour fraude fiscale Son amour de l’argent l’a trahi, pour Berlusconi ce sera la même chose, à force de mal aimer les femmes , elles finissent toujours par vous juger !"

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