Correspondante à Jérusalem

Selon le plan Obama, c’est dans un an qu’on devrait être fixé sur la réussite ou non des négociations qui s’ouvrent ce jeudi entre Israéliens et Palestiniens.

En attendant, l’attentat qui a tué mardi soir quatre colons en Cisjordanie confirme les opinions des uns et des autres. En Israël, on y voit la preuve que la sécurité doit primer dans tout règlement de paix. Dans les territoires, on y voit la preuve que la colonisation juive encourage la violence des extrémistes et entrave le dialogue des modérés. Les colons, en tout cas, ont décidé de se venger et dans plusieurs implantations, ils ont déjà repris leurs travaux de constuction mercredi soir, sans plus attendre le "dégel" officiel du 26 septembre.

L’attentat a été revendiqué par le Hamas. Depuis l’annonce de la relance diplomatique, il appelle ses militants à embraser le terrain, pour compliquer la tâche à Mahmoud Abbas autant qu’à Benjamin Netanyahou. Et pour rappeler qu’il demeure incontournable, il promet de récidiver, défiant les vagues d’arrestations massives que l’Autorité palestinienne a lancées ces derniers jours parmi les islamistes en Cisjordanie.

Le Hamas qualifie en effet la relance diplomatique de "dernier crime en date contre le peuple palestinien". Selon le Premier ministre de Gaza, Ismaïl Hanyé, "aucun Palestinien de par le monde n’appuiera l’organisation palestinienne qui mène ces pourparlers absurdes", et aucun accord produit par ces pourparlers "ne sera contraignant".

Pour la direction du Hamas en exil à Damas, les négociations résultent uniquement de la "coercition" américaine et sont "illégitimes", du fait que Mahmoud Abbas "n’y a aucunement été mandaté".

Le raïs palestinien, rappelons-le, négocie au nom de l’Olp, qui se considère jusqu’à ce jour comme la seule représentante du peuple palestinien dans les territoires aussi bien qu’en diaspora. C’est l’Olp qui, à titre d’instance suprême, chapeaute l’Autorité palestinienne et gère depuis 1993 le processus de paix avec Israël. C’est elle qui a signé tous les accords conclus jusqu’à présent avec lui. Le Hamas n’est pas membre de l’Olp et rivalise d’influence avec elle dans les territoires comme en diaspora.

M. Abbas se dit toutefois confiant que s’il obtient un accord satisfaisant avec Israël, il aura l’appui de la majorité du peuple palestinien. Cet appui sera testé à travers des élections pour l’Autorité palestinienne dans les territoires, et un référendum en diaspora. En Israël, les nationalistes ont multiplié les mises en garde contre toute "capitulation" de la part de Benjamin Netanyahou.

A leurs voix s’est ajoutée celle du rabbin Ovadia Yossef, ancien grand-rabbin d’Israël et chef spirituel du parti religieux sépharade Shass qui est un partenaire déterminant au sein du gouvernement. A la veille du départ du Premier ministre israélien pour Washington, il a appelé à ce que "dieu frappe de la peste" Mahmoud Abbas et les Palestiniens, "ces persécuteurs d’Israël". Et il a jeté l’interdit sur toute prolongation du gel de la colonisation juive en "Judée-Samarie".

Par contre, pour la première fois depuis longtemps, des artistes et intellectuels ont ranimé la polémique au sujet de la colonisation. Dimanche, une soixantaine d’acteurs, parmi les plus réputés du pays, ont publié une pétition dans laquelle ils s’engagent à ne pas jouer dans le nouvel auditorium d’Ariel, la "capitale" juive du nord de la Cisjordanie, ni dans aucune autre colonie. Le lendemain, plus de 150 écrivains et professeurs d’université israéliens ont publié une lettre de soutien à ces artistes, annonçant qu’eux-mêmes s’engageaient à ne plus participer à une quelconque activité culturelle ou académique dans les colonies.

M. Netanyahou garde néanmoins l’intime conviction qu’il est en mesure de faire plébisciter l’accord qu’il ambitionne de conclure ultimement avec les Palestiniens. En effet, la majorité du grand public s’est toujours montrée favorable à la paix avec les Palestiniens. Mais une paix à composante sécuritaire rassurante.

Or, selon les analystes, la cote de popularité particulièrement élevée dont le Premier ministre jouit actuellement indique que les Israéliens lui font confiance pour qu’il leur apporte précisément cette garantie de survie. La cote élevée indique aussi que M. Netanyahou n’a pas à craindre la concurrence, ces jours-ci, aux commandes du pays. Même au sein de son propre Likoud, l’on ne menace pas de mutinerie pour l’heure. Et l’opposition centre-gauche de Tzipi Livni promet de soutenir les efforts de paix.