"As long as we don't choose, everything is possible”: cette phrase qui était son mantra il y a encore quelques années ne guidera désormais plus la vie de Natalia. Chapka noire vissée sur ses jolis cheveux bruns, cette jeune femme aborde la trentaine sans avoir jamais voté. Elle se rendra aux urnes dimanche. Objectif avoué : mettre Poutine dehors. Espoir : 0. Elle sait que son vote ne changera pas la donne. Vladimir Poutine retrouvera le poste de président de la République russe. Mais si, en 2008, elle avait jugé inutile de se rendre aux urnes, le ras-le-bol prend cette année le dessus. Elle ira. Et elle n’est pas la seule.

Nombreux sont les jeunes Russes de son entourage qui ont pris la même décision. Leur poulain ? Mikhaïl Prokhorov. Le milliardaire, 2m06 au compteur, jouit, dans la classe moyenne, de l’aura du jeune loup qui mène sa barque comme un chef. « S’il gère le pays comme il gère ses sociétés, tout ira bien » assure Natalia. Lui, déclarait, en mars 2010 à Paris Match : « Dès l’enfance, j’ai remarqué que l’argent venait naturellement vers moi ». A la tête de nombreuses compagnies de nickel et d’or, l’homme s’est construit une richesse et une stature d’oligarque. Fortune estimée de celui que l’on surnomme déjà le « Berlusconi russe »? 16 milliards d’euros.

Pourquoi alors se griller dans une classe politique qui n’a pas besoin de lui ? A la question de savoir s’il est, parmi tant d’autres, une marionnette à la solde secrète de Russie Unie, personne n’a de réponse à donner. Mais Natalia en est certaine : « il n’acceptera pas d’être le numéro 2 de quelqu’un d’autre. Maintenant, tout est possible : Poutine a pu le menacer de fermer ses sociétés les unes après les autres s’il refusait d’être son Premier ministre. Mais je ne le vois pas accepter d’être autre chose que le Président ». Ce qu’elle voit par contre, c’est un deuxième tour (peu probable, reconnaît-elle elle-même) opposant Poutine à Prokhorov.

Le dandy milliardaire a commencé sa carrière au sein de Juste Cause (sous l’impulsion de Poutine lui-même, dit-on), avant d’être écarté par le Kremlin pour avoir un peu trop abordé la nécessité de mettre sur pied un programme de lutte anti-corruption. Il se présente donc seul à la présidentielle, sans être affilié à aucun parti. « Il n’aura pas de soutien en dehors de Moscou et de la classe moyenne » estime Veronika Dorman, correspondante au quotidien Libération. Qu’importe pour Natalia, séduite par le discours libéral du candidat, qui n’a qu’un mot à la bouche : compétitivité. Un « travailler plus pour gagner plus » à la russe qui séduit la jeune femme, même si Prokhorov n’est crédité que de 7% d’intentions de vote selon les derniers sondages. « Il est plus sympathique que tous les autres candidats réunis » admet la journaliste française. « Il a en tout cas le mérite de varier le paysage politique ».

Natalia entend bien faire de lui le candidat de 2018. Contre Poutine, sans doute. Mais cette fois-ci avec une chance de l’emporter. Cette fan de snowboard se décrit elle-même comme à l’exact point de rencontre entre le paradis et l’enfer. Regard persan et longue chevelure brune, la demoiselle n’entend pas se faire dicter sa conduite. Natalia n’est pas qu’une fille de l’est : elle se partage entre les moments de solitude à peindre, à l’huile, les paysages européens qu’elle a pu découvrir au gré de ses voyages hors du pays et les virées shopping ultra-luxueuses avec ses copines (qu’elle portraitise aussi, au gré de ses envies). Chine, Italie, Etats-Unis, Bali : elle a tout vu, mais revient toujours à Moscou, sa ville, son chez elle. De New York à Miami en passant par Santa Monica, la belle se rêverait bien en US Girl ou en Parisienne aux côtés de son homme. Mais c’est de l’autre côté du rideau de fer qu’elle a vu le jour. Entre les boutiques de luxe et le Bolshoï. Une vie qu’elle veut différente pour les années à venir.