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Ne vous laissez pas manipuler ! C'est en quelque sorte le mot d'ordre qu'a lancé, jeudi, un collectif de 200 organisations musulmanes des Pays-Bas en prévision de la diffusion d'un "film" critique sur l'islam à l'initiative du député populiste Geert Wilders. Ce projet a créé une véritable psychose à Amsterdam et La Haye, où l'on craint qu'il ne provoque un enchaînement de violences similaire à celui observé à l'encontre des intérêts du Danemark dans le monde musulman après la publication des caricatures de Mahomet dans un quotidien. Mais l'"affaire Wilders" va peut-être démontrer que des enseignements ont été tirés depuis 2006 dans la gestion de ce genre de crises.

L'appel des organisations musulmanes néerlandaises semble le démontrer. "Nous appelons tous les musulmans des Pays-Bas et tous les citoyens qui se sentiraient lésés par le contenu du film à montrer qu'ils peuvent encaisser le coup, qu'ils ne se laisseront pas manipuler", a affirmé jeudi Mohammed Rabae, le président de la coordination des associations marocains et musulmanes, cité par l'agence France-presse. On se rappellera que, dans le cas des caricatures, des représentants de la communauté musulmane du Danemark, déçus il est vrai par l'attitude relativement indifférente du gouvernement de Copenhague, avaient plutôt attisé le vent de la révolte arabo-musulmane, notamment en allant en Egypte expliquer les tenants et les aboutissants de l'affaire.

Dans le cas présent, c'est un véritable travail de prévention qu'ont décidé de mener les responsables musulmans des Pays-Bas. "Nous sommes pour une approche pacifique [...] et avons appelé toutes les mosquées qui le pouvaient à ouvrir grand leurs portes le jour de sa diffusion (du film, NdlR.) de façon à ce que chacun dans le quartier, immigré ou Néerlandais [...] puisse venir y discuter et montrer sa solidarité", a expliqué Mohammed Rabbae. Et d'enchérir : "Notre action aura réussi lorsque M. Wilders se sentira frustré parce qu'il n'y aura pas eu d'émeutes et de commotion, car les musulmans auront montré qu'ils sont plus intelligents et démocratiques qu'il ne le pense."

Prévention aussi dans le chef du gouvernement de Jan Peter Balkenende. Les ambassades néerlandaises dans les pays sensibles ont été invitées à expliquer que la position de Geert Wilders n'était pas partagée par le gouvernement.

L'affaire néerlandaise diffère, il est vrai, du dossier des caricatures parce que la diffusion du "film" - en fait, un documentaire de 12 minutes, selon des informations parcellaires - s'inscrit clairement dans un combat politique d'un parlementaire qui flirte avec l'extrême droite à la tête de son Parti pour la liberté. Geert Wilders affirme reprendre le flambeau du combat du réalisateur Theo Van Gogh, assassiné par un islamiste en 2004 après la sortie du film "Soumission", sur le statut des femmes en islam. Mais celle qui avait inspiré celui-ci, Ayaan Hirsi Ali, à l'époque députée néerlandaise, a dénoncé une "provocation" dans le chef du parlementaire.

Le contenu du "film", censé dénoncer des aspects "violents et fascistes" de l'islam, n'est pourtant pas encore connu. Wilders espérait pouvoir le diffuser ce vendredi sur la chaîne publique "Nova" qui a refusé. Il pourrait dès lors se tourner vers YouTube.