Reportage Correspondant en Europe du Nord

Le 11 mai 2011, des cris de joie et des applaudissements fusent du bureau du Parti du peuple danois, formation populiste, dans le château de Christiansborg, siège du Parlement à Copenhague. Les députés du PPD sablent le champagne dans les locaux décorés pour l’occasion de drapeaux rouge et blanc. Ambiance de victoire électorale ou presque. Le parti, le troisième le plus important du Folketing, qui assure depuis 2001 la majorité au gouvernement minoritaire de centre droit, célèbre une grande victoire : la réintroduction des contrôles aux frontières. Imposée au gouvernement du libéral Lars Loekke Rasmussen, elle se veut un frein à l’immigration clandestine, à la criminalité transfrontalière venue notamment des pays de l’Est et au trafic de drogue.

"C’est un grand jour pour le Danemark", clame Pia Kjaersgaard, la présidente. L’égérie du parti savoure cette victoire qu’elle attendait depuis dix ans, depuis "ce jour de tristesse de 2001" où le royaume scandinave faisait son entrée dans l’espace Schengen, et que ses frontières internes volaient en éclats. "Le royaume est devenu une passoire, estime-t-elle. Il est essentiel de maintenir ce qui caractérise un Etat national : ses frontières." Et un des porte-parole du parti, Soeren Espersen, de constater, sourire aux lèvres : "Les frontières du Danemark de nouveau sûres !"

"Ce jour est l’un des plus grands dans ma vie politique", dit-il. Dans celle du PPD aussi, qui attire une bonne frange de l’électorat dans un style sans nuance : "Les Danois d’abord, et le Danemark est le pays des Danois." Un slogan nationaliste qui en rejoint d’autres. "Ton Danemark ? Une société multiethnique avec des viols en masse, des violences, de l’insécurité, des mariages forcés, des femmes opprimées et des bandes criminelles. Souhaites-tu cela ?" lisait-on déjà en 2001 sur une des affiches provocantes du PPD.

La croisade contre l’immigration en provenance de pays musulmans - son principal cheval de bataille - et l’accusation selon laquelle l’Union européenne rogne la souveraineté du royaume ont fait école en Europe du Nord. Aux élections législatives suédoises de septembre 2010, un parti populiste, les Démocrates de Suède, tirant les enseignements de la leçon danoise, a fait son entrée au Riksdag avec 5,7 % des voix, attirant notamment des électeurs peu éduqués et au chômage, opposés à l’arrivée croissante des immigrés de confession musulmane au sud du pays.

Face à cette poussée nationaliste aux relents de xénophobie, le tabloïd suédois "Expressen" titrait : le Parti du peuple danois "a créé une épidémie de racisme et le Danemark est un pays où la xénophobie est devenue normale, banalisée". L’extrême droite nationaliste a pesé également sur l’euroscepticisme des Danois en menant bataille contre le traité de Maastricht (NdlR : rejeté une première fois en 1992 avant d’être adopté en 1993 après que Copenhague eut obtenu des dérogations de l’UE) et contre l’adhésion à l’euro, repoussée par référendum en 2000. Pour gagner des points sur ce terrain propice, le PPD n’a cessé de dénoncer les velléités fédéralistes de l’Union européenne, les immixtions de la Commission et de la Cour européenne de justice dans la politique intérieure. Le Danemark aurait ainsi été forcé, entre autres, d’accepter des règles plus souples de regroupement familial qui "sapent sa propre politique d’immigration et sa souveraineté".

Les nationalistes danois se sont, sans surprise, félicités aussi de la récente percée électorale, lors des élections parlementaires d’avril en Finlande, du parti nationaliste des "Vrais Finlandais", qui devient la troisième force politique du pays, avec plus de 20 % des voix.

Pour la dame de fer du PPD, Pia Kjaersgaard, "la victoire des "Vrais Finlandais" n’est pas un virage à droite ni une victoire du populisme et de l’extrémisme, comme le prétendent les médias. Elle reflète une révolte contre l’UE qui cherche de plus en plus de pouvoir et qui oblige les pays européens les plus prospères et les plus performants à soutenir financièrement les pays du sud de l’Europe que leurs propres dirigeants ont conduit au marasme."

Premier grand parti protestataire anti-immigrés et anti-européen dans le nord de l’Europe, le PPD, jugé "non fréquentable" par les sociaux-démocrates danois jusqu’aux élections de 2001, a, depuis, marqué de son empreinte la politique danoise, devenant un allié "incontournable" pour le gouvernement libéral-conservateur. Sa réussite sur le plan électoral, cristallisant les frustrations y compris des électeurs de gauche lassés par le laxisme des sociaux-démocrates dans le domaine de l’immigration et les soi-disant excès de la bureaucratie européenne, a été source d’inspiration pour les autres partis populistes nordiques. "Nous sommes satisfaits que notre propre politique donne inspiration à beaucoup d’autres partis européens", disait Pia Kjaersgaard au lendemain des élections finlandaises. "Les Finlandais ont donné un carton jaune à l’Europe. D’autres pays vont suivre. Il s’agit d’une question de temps."