International

Une émotion profonde, impressionnante, s'est déployée lundi dans Saint-Nazaire, où toute activité avait cessé aux chantiers navals, tandis que l'enquête sur l'effondrement d'une passerelle du Queen Mary 2 s'orientait vers «plusieurs causes techniques». La corne de brume du paquebot géant a résonné longuement, grave et profonde comme une lamentation, lors de la minute de silence ouvrant la journée à 10h. Elle s'est jointe au glas des églises et au hurlement des sirènes de la ville, saisissant les milliers de personnes rassemblées sur la grande esplanade des Chantiers de l'Atlantique (Alstom). Les scolaires ont respecté le moment de recueillement en descendant dans la cour de leurs établissements, tandis que le conseil municipal se réunissait symboliquement. Les drapeaux étaient aussi en berne à Nantes, la grande voisine. La reine d'Angleterre, Elizabeth II, a envoyé un message de condoléances aux familles des victimes.

Enquête

Après la stupeur causée par «un drame incompréhensible», selon les termes du président Jacques Chirac dimanche, les Nazairiens ont découvert lundi la liste des victimes dans la presse locale. Les quinze morts sont tous de la région. L'accident a également fait 26 blessés toujours hospitalisés, selon un bilan établi à la mi-journée par la préfecture de la Loire-Atlantique.

«Plusieurs causes techniques ont concouru à l'accident», a annoncé le procureur de la République à Saint-Nazaire, Pierre-Marie Block. «Des questions juridiques se posent également, notamment quant au droit du travail et à l'accueil du public», a-t-il indiqué. Les victimes du drame sont des membres de deux familles de salariés des Chantiers de l'Atlantique, ainsi que des employés d'une entreprise de nettoyage. Toujours selon le procureur, la direction des Chantiers de l'Atlantique a bien demandé à son prestataire, la société Endel, de changer la passerelle posée à l'issue de la deuxième série d'essais en mer du Queen Mary 2, la semaine dernière. La nouvelle passerelle, en échafaudage, a été installée vendredi. «La direction voulait une passerelle de 1,40 m de large alors que la première ne faisait qu'un mètre de large», a expliqué le magistrat. «On va chercher dans ces directions». Deux services de police - la direction départementale de la sécurité publique et l'antenne de Nantes du service régional de police judiciaire - ont été chargés de l'enquête ils procèdent actuellement à l'audition des témoins.

La passerelle brisée, qui repose au fond de la cale sèche du chantier naval, va être transportée «dans un lieu neutre et protégé afin que la construction du «QM 2» puisse se poursuivre normalement», a-t-il encore précisé. Et en ajoutant qu'il n'avait «pas de version définitive du déroulement des faits». La direction d'Endel s'est refusée pour part à tout commentaire dans l'immédiat, renvoyant à son communiqué officiel selon lequel l'entreprise se tient à la disposition des enquêteurs.

(D'après AFP et REUTERS)

© La Libre Belgique 2003