Quand elle a été déclenchée, l’intervention américaine en Irak a suscité de nombreuses condamnations. Qu’en est-il alors qu’elle se termine ?

Le premier point négatif du bilan, ce sont les nombreuses victimes civiles et du côté américain, où plus de 4 000 soldats ont été tués. L’autre point négatif, ce sont les luttes ethniques qui ont eu lieu. Cela est un peu comparable à ce qui s’est passé dans les pays de l’Est lorsque l’emprise de l’Union soviétique s’est écroulée. Il y avait un ordre qui régnait, mais ce n’était pas un ordre salutaire. Au niveau des points positifs, je crois que ce fut la fin d’un régime totalitaire qui était un des plus monstrueux de l’Histoire. On est désormais dans un Etat où il y a une liberté de presse. Par exemple, le fait symbolique d’avoir jeté des souliers à la tête du président Bush est en soi un indice d’une liberté qui était inconcevable auparavant. Le grand point positif, c’est évidemment la démocratie en devenir. Il faudra encore une génération pour que cela puisse se faire entièrement, mais pendant que les Américains étaient là, on a eu des élections à trois reprises. Lorsque j’entends dire que c’était une guerre inutile, je rétorque : "Est-ce que la démocratie est vraiment quelque chose d’inutile" ?

La fin de l’intervention n’arrive-t-elle pas trop tôt ?

Il y a eu en Irak une révolution qui est à la base du printemps arabe. Cette intervention a eu lieu dans cette région du monde et elle a été suivie avec beaucoup d’attention par les pays de la région et cela a poussé beaucoup de gens à réfléchir sur cette opération. On voit, alors que l’Amérique se retire, que c’est l’Etat irakien qui est propriétaire de tous ses champs de pétrole, et qu’il y a eu des appels d’offres. Seules quelques-unes retenues sont américaines. C’est la fin d’un procès d’intention fait aux Américains, accusés d’avoir fait la guerre plus pour le pétrole que pour la démocratie. Quand Georges Bush disait à l’époque qu’il voulait semer les grains de liberté, et de faire en sorte que la démocratie puisse croître au cœur du Moyen orient, on l’a pris pour un hypocrite. Or, le printemps arabe est quand même une réalité.

Malgré ce bilan que vous jugez globalement positif, l’expérience n’a-t-elle pas refroidi les Etats-Unis qui réfléchiront deux fois avant de se montrer désormais comme un “gendarme du monde” ?

Je n’aime pas cette expression. Quand les Français, par exemple, parlent d’unilatéralisme de la part des Etats-Unis, c’est qu’ils n’en font pas partie. On parle alors d’ingérence. Il y a là quelque chose d’assez hypocrite. C’est clair que l’intervention des Etats-Unis en Irak était quelque chose d’illégal, particulièrement à l’égard des règles en vigueur au sein de l’Onu. Or, les Nations unies n’ont pas été d’une efficacité extraordinaire jusqu’ici. C’est quand même elles qui ont laissé se perpétrer les massacres du Rwanda et de l’ex-Yougoslavie, parmi d’autres. Heureusement, les relations internationales se juridicisent, mais cela ne peut pas se faire toujours dans la douceur. Pour construire des relations pacifiques dans le monde, on a besoin d’opérations de ce type-là. Et puis, il faut toujours se rappeler que, quand les Etats-Unis sont venus délivrer l’Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, ils n’avaient pas de mandat officiel.