Goldman Sachs s'est retrouvé mardi dans le collimateur de manifestants à New York après que la banque d'affaires américaine a confirmé avoir racheté de la dette vénézuélienne, apportant une bouffée d'oxygène importante au gouvernement Maduro au moment où s'intensifie la révolte dans ce pays.

Sous les cris de "Goldman Sachs, Honte à toi", "Goldman Sachs soutient la dictature Maduro", une quarantaine de personnes, munies de banderoles et de drapeaux vénézuéliens, ont manifesté devant le siège de la firme à Manhattan. Celle-ci a notamment racheté des obligations de la société pétrolière nationale Pdvsa.

"Nous investissons dans des obligations de Pdvsa parce que, comme beaucoup dans l'industrie de gestion d'actifs, nous estimons que la situation dans le pays va s'améliorer dans la durée", a réagi dans un courriel la firme, qui symbolise pour beaucoup d'adversaires de Wall Street la cupidité de la finance.

"Nous avons acheté ces obligations, émises en 2014, auprès d'un courtier et n'avons (par conséquent) pas eu d'interaction avec le gouvernement vénézuélien" poursuit la banque, ajoutant toutefois reconnaître que "le Venezuela est en crise".

Goldman Sachs a acheté la semaine dernière pour 2,8 milliards de dollars d'obligations émises par Pvdsa à un tiers sur le marché secondaire c'est-à-dire de gré à gré. L'établissement a versé 861 millions de dollars, avait indiqué lundi à l'AFP une source proche du dossier à l'AFP. Cette transaction devrait lui permettre de réaliser une importante plus-value au cas où le gouvernement vénézuélien venait à honorer ses échéances.

"Cet accord est immoral. Il piétine les intérêts du peuple vénézuélien qui est réprimé depuis des mois parce qu'il demande liberté et démocratie", a critiqué Eduardo Lugo, 23 ans, l'organisateur de la manifestation devant le siège de Goldman Sachs.

Pour ce Vénézuélien qui vit depuis quatre ans à New York, "acheter des obligations du sang, de la misère du Venezuela c'est écraser le peuple vénézuélien et soutenir la violation systématique des droits de l'homme".

Diana Carvallo, une artiste de 65 ans vivant entre Caracas et New York, estime, elle, que "Goldman Sachs a fait une bonne affaire au détriment des vies" des Vénézuéliens. "Cet argent ira acheter des gaz lacrymogènes des armes et des balles pour réprimer", fustige-t-elle.

Eduadro et Diana veulent que le département de la Justice (DoJ) américain ouvrira une enquête sur cette transaction dénoncée également par les opposants au Venezuela qui ont défilé par milliers dans les rues de Caracas lundi afin d'accentuer la pression sur le chef de l'Etat et son projet contesté de réforme de la Constitution.

Depuis le début des manifestations le 1er avril, ce mouvement de révolte a déjà fait 60 morts et un millier de blessés, selon un dernier bilan du parquet.