Après l'effroi, le recueillement et la traque, les questions. Au lendemain de la mort de Mohamed Merah, les autorités tentaient vendredi de répondre à plusieurs polémiques naissantes, notamment sur le rôle du renseignement intérieur et l'assaut du RAID dans lequel le tueur présumé de Toulouse et Montauban a été tué.

Le Premier ministre François Fillon a défendu vendredi matin l'action de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qui a "parfaitement fait son travail". Le chef du gouvernement répondait aux critiques ou interrogations sur la surveillance menée par la DCRI, qui avait fiché le jeune homme à la suite d'un voyage en Afghanistan il y a deux ans.

Sur RTL, François Fillon a assuré qu'il n'existait "aucun élément permettant d'appréhender Mohamed Merah" avant les tueries de Montauban et Toulouse. Au terme des investigations menées par la DCRI, "aucun indice ne permettait de penser qu'(il) était un homme dangereux et passerait un jour à l'acte". Le chef du gouvernement s'est dit "étonné d'entendre des responsables politiques qui sont les premiers à s'offusquer de décisions attentatoires aux libertés (...) qui voudraient qu'on surveille 24 heures sur 24 quelqu'un, sans décision de justice, alors qu'aucune raison ne permet de le faire".

La veille, lors d'un meeting à Aurillac, le candidat socialiste à l'Elysée François Hollande avait estimé que des questions seraient "nécessairement posées" sur ces drames et sur une éventuelle "faille" dans la veille antiterroriste.

"Nous ne pouvions pas aller plus vite", assure dans "Le Monde" le patron de la DCRI, Bernard Squarcini. "Il était impossible de dire dimanche soir: 'C'est Merah, il faut aller l'attraper'", affirme-t-il. "Lui-même n'avait d'ailleurs pas prévu d'attaquer l'école juive lundi matin. Selon ses déclarations lors du siège par le RAID, il voulait tuer un autre militaire mais il est arrivé trop tard", souligne-t-il.

Mohamed Merah avait été signalé à la DCRI à la suite d'un voyage en Afghanistan. Après un simple contrôle routier à Kandahar, en novembre 2010, les policiers afghans l'avaient livré aux Américains qui l'avaient remis dans l'avion. A l'époque, "nous faisons une enquête pour voir ce qu'il vaut. Mais il n'y a rien. Pas d'activisme idéologique, pas de fréquentation de la mosquée", assure Bernard Squarcini.

A l'automne 2011, le renseignement intérieur convoque le jeune homme pour "recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan". Mohamed Merah appelle en octobre, expliquant qu'il se trouve au Pakistan, puis rappelle le 3 novembre de l'hôpital Purpan, à Toulouse, où il est soigné pour une hépatite. Il viendra finalement à l'entretien avec sa clé USB qui contient ses photos de voyage" et racontera "tout le parcours touristique" qu'il a réalisé. Il dit avoir séjourné au Pakistan pour trouver une épouse.

Après l'entretien de l'automne 2011, "des dispositions ont été prises, la DCRI l'a notamment inscrit au fichier des personnes recherchées pour être informé en cas de contrôles et de déplacements".

Le week-end dernier, le nom de sa mère apparaît dans l'analyse des consultations de la petite annonce passée sur Internet par le premier soldat tué le 11 mars à Toulouse. "Mais le dimanche soir, il n'y a pas que ce nom-là", précise Bernard Squarcini. Et "cela ne fait pas encore d'elle et de ses deux fils des suspects".

C'est après la tuerie de l'école juive que "l'hypothèse djihadiste reprend du poids", raconte-t-il. Lundi soir, "notre direction régionale nous donne une liste de six noms d'islamistes radicaux et six noms de membres de l'ultra-droite. Ils ont un profil qui peut laisser penser qu'ils ont pu basculer".

Mohamed, et pas son frère Abdelkader, figure dans la liste. Le jeune homme de 23 ans est "quelqu'un qui a un comportement violent dès sa petite enfance, qu'on ne peut rattacher à aucune typologie".

Le 20 mars, les services estiment qu'il peut correspondre au profil mais qu'il faut interpeller en même temps sa mère et son frère. C'est alors que se décide le moment de l'opération pour les arrêter mais "on n'a pas de certitude à cette heure-là", rappelle Bernard Squarcini.

La garde à vue de la mère de Mohamed Merah, son frère Abdelkader, et la compagne de ce dernier, a été prolongée, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. L'enquête se poursuit en effet pour déterminer d'éventuelles complicités.

Mohamed Merah a revendiqué les trois fusillades des 11, 15 et 19 mars qui ont fait sept morts à Toulouse et Montauban, et dit avoir agi seul. Lors de ses échanges avec le RAID (Recherche assistance intervention dissuasion) pendant le siège de son appartement, il s'est réclamé d'Al-Qaïda. Mais "on n'a absolument aucun élément qui nous permette de dire qu'il a été mandaté par Al-Qaïda pour commettre ces attentats", précisait-on de source proche de l'enquête.

Au bout de 32 heures de siège, les hommes du groupe d'intervention de la police nationale ont fini par prendre d'assaut jeudi matin l'appartement du quartier de la Côte pavée à Toulouse où le jeune homme était retranché. Il a été tué par des tirs de riposte des policiers lors de cette opération, selon le procureur de la République de Paris, François Molins.

"Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter un homme tout seul?", demandait vendredi dans "Ouest-France", l'ancien commandant du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), Christian Prouteau. "Il fallait le bourrer de gaz lacrymogène. Il n'aurait pas tenu cinq minutes", estime-t-il. Au lieu de ça, ils ont balancé des grenades à tour de bras. Résultat: ça a mis le forcené dans un état psychologique qui l'a incité à continuer sa 'guerre'".

"L'idée que nous avions envisagée -c'est la raison pour laquelle nous sommes tous intervenus avec des masques à gaz-, c'était d'utiliser des gaz lacrymogènes pour le saturer dans l'endroit où il était, et obtenir sa reddition au moment où il sortait", a justement expliqué Amaury de Hautecloque, patron de la Force d'intervention de la police nationale, dont fait partie le RAID, vendredi sur RTL.

Les hommes du RAID ont pénétré à 10h30 dans l'appartement de 35m2 environ, transformé en "champ de bataille" par le suspect, progressant "très lentement". Ils avaient "évidemment" une "idée assez précise de l'endroit où il se trouvait", c'est-à-dire dans la salle de bains. Mais au moment où le RAID commençait à opérer une brèche pour passer les gaz lacrymogènes, Mohamed Merah "est sorti les armes à la main et là, il est remonté vers l'unité pour monter son propre assaut", a rapporté Amaury de Hautecloque.

La mission du RAID était de le "capturer vivant", a-t-il rappelé, disant avoir donné l'ordre à ses hommes d'utiliser des "armes non létales", des grenades offensives", alors qu'il leur tirait dessus. "Ca ne l'a pas choqué", il a progressé jusqu'au balcon, essayant de prendre en joue des hommes du RAID. C'est là qu'il a été atteint "probablement" par un tireur d'élite posté à l'extérieur de l'appartement.