Qui a tué le reporter de France 2 à Homs ?

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Christophe Lamfalussy

Publié le - Mis à jour le

Qui a tué le reporter de France 2 à Homs ?
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Qui a tué Gilles Jacquier, grand reporter de la chaîne de télévision France 2, mercredi à Homs ? L’a-t-il été parce qu’il était journaliste, ou tout simplement parce qu’il se trouvait dans un quartier contesté de ce haut lieu de l’insurrection contre le régime de Bachar el-Assad ? A ces questions, la France - mais aussi les Européens - veut avoir des réponses et l’a fait savoir à Damas. Dans la foulée de Nicolas Sarkozy, la Haute représentante de l’Union européenne (UE) Catherine Ashton a demandé que "toute la lumière puisse être faite sur les circonstances de cette tragédie".

Le saura-t-on jamais, dans ce pays où rien n’est clair et où s’opposent deux camps, voire plusieurs factions ?

Gilles Jacquier est mort vers 15h30 dans le quartier d’Akrama, un quartier alaouite et pro-Assad. Il faisait partie d’un groupe de douze journalistes, qui avaient reçu un rare visa d’entrée grâce à Mère Agnès, une religieuse catholique. Parmi eux, l’équipe de la VRT, cinq personnes, radio et télé compris. Ce groupe circulait dans un minibus sur les traces d’un autre groupe de journalistes (dont la BBC) qui circulait dans un autobus affrété par le ministère de l’Information. Deux groupes de médias avaient donc fait le voyage de Homs ce mercredi, en provenance de Damas.

"A 15h30", a expliqué l’un des journalistes, Jacques Duplessy, au "Parisien", "on a commencé à recevoir des tirs de mortier. D’abord un tir lointain, à un kilomètre, puis quatre tirs sur notre position". Gilles Jacquier a été tué sur le coup. Sa compagne, Caroline Poiron, photographe freelance, était du voyage. Elle remplaçait au pied levé un reporter de "Paris-Match".

Pour Damas, l’origine des tirs de mortier vient des "terroristes" qui auraient attendu le départ du premier autobus rempli de journalistes pour tirer sur le quartier pro-Assad, ne se rendant pas compte qu’un deuxième minibus suivait avec un autre groupe plus restreint de journalistes. Il y aurait eu méprise, selon le gouverneur de Homs qui a ordonné une commission d’enquête, avec un juge, le chef de la sécurité criminelle de la ville, deux experts en balistique et un représentant de France 2.

Pour le Conseil national syrien (CNS), c’est le régime qui a fait le coup "pour tenter de faire taire les médias neutres et indépendants". Il appelle à "l’ouverture d’une enquête indépendante".

Mère Agnès Mariam, que "La Libre" a joint jeudi par téléphone, explique que le groupe de "ses" journalistes est parti sans elle à Homs car elle voulait prêter assistance dans la capitale syrienne à un prisonnier libanais, une promesse de longue date faite à son épouse. "Ce jour-là", dit-elle, "il n’était pas question pour moi d’aller à Homs". Un coup de téléphone au gouverneur de Homs, qui lui a indiqué que la tension avait un peu baissé dans la ville grâce à la présence des observateurs arabes, et le fait qu’un des journalistes, parlant arabe, était prêt à guider le groupe l’ont rassurée. A Homs, ils ont été pris en charge par la sécurité.

Selon la religieuse, le reporter de France 2 ne voulait initialement pas aller à Homs et a hésité jusqu’à la dernière minute parce que son visa syrien était périmé.

Une visite, mercredi à 8h30, au ministère de l’Information à Damas a permis de prolonger son visa. "A l’origine, Gilles voulait aller à Deraa (NdlR, dans le sud du pays) et avoir une interview du président Assad", dit-elle. Quand l’ambassadeur français est allé chercher le corps du journaliste français, dans la nuit de mercredi à jeudi, dans un hôpital de Homs, il n’a pas adressé le moindre regard à la religieuse venue elle aussi de Damas. Et celle-ci n’a pas été autorisée à s’incliner devant le corps de Gilles Jacquier. Une atmosphère lourde de reproches.

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